De la lutte politique à la lutte économique : émergence d’une culture du dynamisme créateur

Regard rétrospectif sur la session de formation 2015-2016 et perspectivespour la session de formation 2016-2017

En ce mois de juillet 2016 s’achève l’année académique consacrée à la réflexion sur l’homme congolais et la culture de l’intelligence à l’Université alternative pour la formation des jeunes à la transformation sociale à Pole Institute.
Regard rétrospectif
Cette année a été riche en débats entre jeunes autour de textes, de livres et de vidéoconférences concernant les batailles à mener pour changer la République Démocratique du Congo et l’Afrique.
Les principaux textes ont porté sur la transformation sociale comme exigence de changement des imaginaires et processus de productions de nouvelles institutions politiques, économiques et culturelles pour construire l’avenir des jeunes par les jeunes. On les a tirés de quatre ouvrages principaux :
- La paix que les femmes veulent en République Démocratique du Congo (par Bernadette Muongo)
- Pleure, Ô Noir bien-aimé (anthologie des textes de Patrice Lumumba, par Rodrigue Kanefu)
- Changer les imaginaires, Pour sortir de la guerre à l’Est de la République (par Kä Mana)
- L’homme congolais et la culture de l’intelligence (par Kä Mana).
A côté des textes proposés à tous les jeunes qui ont participé aux séances hebdomadaires de chaque samedi après-midi, certains jeunes ont été choisis pour lire quelques ouvrages spécifiques qu’ils devraient présenter chacun soit au grand groupe pour des débats publicssoit sur les ondes de la Radio Pole FM à l’intention des auditeurs. Les jeunes ont pu ainsi échanger sur les penseurs africains de l’éducation comme Amadou Hampaté Ba, Cheikh Hamidou Kane et Emile Bongeli ainsi que sur les spécialistes de la géostratégie comme Philippe Biyoya et les analystes africains de la mondialisation comme KaserekaKavwahirehi et Benoît Awazi.
A la suite des débats sur ces livres, des conférences ont été organisées pour les jeunes par l’équipe pédagogique de l’Université alternative sur les grands thèmes suivants :
- Les modes de penser, de vivre, d’agir et de rêver en RD Congo : pathologies et dynamiques de guérison (par Kä Mana).
- Des révoltes constructrices aux utopies créatrices : forcer le destin de l’Afrique ici et maintenant (par Kä Mana).
- Engagement citoyen et innovation politique : changer l’avenir maintenant (par Kä Mana).
- Les conditions politiques d’un entreprenariat réussi : les leçons de François Mitterrand (par Kä Mana).
- Les jeunes et l’esprit d’entreprise dans la société congolaise : faiblesses et espérances (par MuhindoKasole, entrepreneur de Goma)
- L’économie sociale et solidaire (par Laurent Sebisogo, directeur du Groupe de recherche sur l’économie sociale et solidaire à Cotonou, Bénin).
- Les quatre pouvoirs nécessaires à l’entreprenariat des jeunes aujourd’hui : le pouvoir d’agir sur soi, le pouvoir d’agir avec les autres, le pouvoir d’être au service et le pouvoir de changer l’ordre de choses (par DadySalheh, militant de la société civile et opérateur économique).
- Les jeunes, la sexualité, l’amour et le mariage (par Solange Gasanganirwa).
- L’aventure de la mondialisation (une vidéoconférence de la leçon inaugurale d’Edgar Morin dans une université marocaine).
- Penser le monde en 2030 (une vidéoconférence de l’intervention de Jacques Attali à l’Ecole polytechnique de Paris).
Dans les discussions autour de tous ces thèmes abordés, la trame de fond a été de savoircomment les jeunes peuvent transformer positivement et profondément le Congo à l’échelle politique, à l’échelle économique et à l’échelle culturelle dans l’ordre mondial tel qu’il fonctionne aujourd’hui.
Deux lignes d’action ont émergé de la pensée des jeunes de l’Université alternative : la ligne civique de l’immersion dans les batailles politiques à la manière du mouvement Lucha lancé par les jeunes de Goma et le mouvement pour le développement de la culture d’entreprenariat pour vaincre le chômage, la pauvreté et la misère.Il a fallu rapprocher ces deux lignes en une grande orientation idéologico-philosophique qui fait de l’économie un enjeu politique et de la politique un enjeu économique. Dans le monde actuel, les jeunes sont appelés à comprendre qu’il n’y a pas de Lucha politique sans Lucha économique et qu’il n’y a pas de Lucha économique sans Lucha politique. C’est dans la conjonction de ces luttes que ce construisent l’engagement citoyen et l’innovation sociale, défi essentiel pour les générations montantes aujourd’hui.
Quel bilan pouvons-nous tirer du travail accompli à l’Université alternative pour cette année académique 2015-2016 ?
Premièrement, il faut dire qu’après avoir inspiré la création de la Lucha comme mouvement des jeunes qui aiment leur pays et veulent en changer les orientations politiques dans le sens de la paix et de la sécurité, l’Université alternative de Pole Institute inspire aujourd’hui la montée en puissance d’une Lucha économique pour changer les conditions de vie sociale des jeunes, cela en vue d’une Lucha culturelle qui change les imaginaires des générations montantes pour un Congo nouveau, un Congo uni et prospère : le Congo de l’émergence et de la promotion humaine.
La dynamique économique de l’entreprenariat des jeunes commence à porter de fruits :
- un syndicat des jeunes pour l’entreprenariat et la démocratie est né.
- le Mouvement citoyen des jeunes très sensibles aux luttes politiques s’est engagé dans la bataille de l’économie.
- De plus en plus d’associations de jeunes travaillent sur l’entreprenariat.
- Une dynamique éducative s’est créée autour du développement de l’imagination économique et l’entreprenariat comme champ de mobilisation des énergies créatives.
Dans tous ces mouvements, l’empreinte de l’université alternative est de lier les recherches économiques des jeunes à l’exigence du changement de l’imaginaire pour un nouvel homme congolais et une nouvelle société congolaise. Cette préoccupation fait de l’université alternative un hub de pensée, de propositions et d’initiatives à naître dans la ville de Goma, pour une nouvelle culture de la créativité.
Vous vous demandez sans doute, conformément à la mode actuelle dans les organisations et mouvements de la société civile : « Qu’est-ce qui a changé concrètement ? Quels sont les indicateurs mesurables de ce changement ? »
Les réponses sont les suivantes, globalement :
- Les jeunes de l’Université alternative lisent les livres et en discutent dans un contexte où la culture de la lecture a disparu au profit de l’analphabétisme social et même universitaire.
- La culture de la lecture et du débat fait progressivement monté monterles capacités de réfléchir et de remettre en question une société enfermée dans l’ignorance de ce qu’elle est, c’est-à-dire un faisceau de conformismes qui détruisent toute créativité.
- Les jeunes deviennent de plus en plus critiques à l’égard d’eux-mêmes et de ludu climat ambiant dominé par les mensonges politiques et les médiocrités congolaises : ils veulent une société de vraies valeurs. Il suffit de les écouter intervenir sur l’émission « Pensées des Africains pour les Africains » sur les ondes de la Radio Pole FM pour sentir que quelque chose en eux bougent profondément et dans le bon sens : ils posent des questions, ils analysent des situations, ils comprennent les problèmes réels du Congo et ils veulent changer l’homme congolais dans son esprit et le destin du Congo aux échelles politique, économique et culturelle. Ils deviennent des êtres de réflexion et de combat.
Quels sont le paramètres du changement ? Le premier paramètre est leur sourire devant le discours des politiciens sur la situation du Congo. Le deuxième paramètre : ils n’ont pas peur d’aller en prison et considèrent que la prison est une université pratique pour apprendre à changer la société.« C’est peu », dites vousdites-vous. Oui, c’est peu du point de vue des choses mesurables selon les intérêts matériels où les enferment le Congo d’aujourd’hui. Mais c’est un pas de géant pour ceux qui savent qu’une société se transforme en changeant les imaginaires.
Perspectives
D’où les nouvelles perspectives qui vont s’ouvrir pour la nouvelle année 2016-2017. Durant cette année, le thème central de formation sera celui-ci :entreprenariat, leadership africain et culture de promotion de soi pour le développement communautaire.
Il s’agira d’inscrire le problème de la lutte des jeunes contre le chômage et la misère dans le cadre de la construction d’une culture de promotion de soi pour le développement communautaire à partir de l’éducation au leadership africain pour la transformation sociale.
Dans la ligne de méthode déjà suivie au cours de la session 2015-1016, le travail à faire sera articulé autour des axes suivants :
1. Livres à lire et à débattre
Trois livres seront au cœur du travail de lecture et de débat entre les jeunes :
- L’Afrique, notre projet(par Kä Mana, Yaoundé, 2009)
- L’Afrique, notre avenir (Sous la direction de Kä Mana et Solange Gasanganirwa, Pole Institute, 2017)
- Construire la nouvelle citoyenneté en RDC (par Anastasie MasangaMaponda, AIS-Editions, 2014)
2. Grandes conférences et vidéoconférences
Il est prévu quinzeconférences etvidéoconférences sur les grands thèmes suivants :
- La renaissance africaine comme paradigme de transformation sociale
- Les logiques de l’économie informelle en République démocratique du Congo
- L’aide au développement est-elle une solution pour l’Afrique ?
- Les Organisations non gouvernementales sont-elles un chemin de lutte contre la pauvreté ?
- La paix par l’entreprenariat : une voie d’avenir
- Être entrepreneur à l’est de la RDC : à quoi cela engage-t-il ?
- Les jeunes et leurs structures d’action pour l’entreprenariat dans la ville de Goma : situation et perspectives
- Pauvreté et richesse ; de quoi s’agit-il vraiment ?
- Entreprenariat et philosophie des relations humaines
- Changer la politique, changer l’économie : les jeunes et l’ordre sociale au Congo
- Les voies africaines de la prospérité : analyses et propositions
- Les églises : une économie d’entreprenariat ?
- Les microcrédits et la lutte contre la pauvreté et le chômage des jeunes : où en est-on dans la ville de Goma ?
- Les grands entrepreneurs de Goma : qui sont-ils et comment luttent-ils contre la pauvreté ?
- La politique : une entreprise ?

3. Initiatives et innovations
Une grande partie de la formation sera consacrée aux expériences concrètes de création d’entreprise par les jeunes et à leur impact dans la lutte contre le chômage, la misère et la pauvreté. A ce niveau, ce sont les jeunes eux-mêmes qui partageront avec d’autres jeunes leurs initiatives et les voies d’innovation qu’ils ont pu pûouvrir pour s’affirmer comme entrepreneurs.
A la fin de la session de formation 2016-2017,une, une évaluation sera faite pour ouvrir les perspectives de 2017-2018.

Professeur Kä Mana

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