Comment ça va du 27 avril au 03 mai 2018

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Comment ça va ?

       1. L’insécurité, toujours à la une dans la province du Nord Kivu 

      1.1. Montée de l’insécurité dans le territoire de Nyiragongo

Dans un rapport adressé à sa coordination provinciale la semaine dernière, la société civile du territoire de Nyiragongo attire l’attention des autorités provinciales, et en particulier l’armée nationale, sur la dégradation de la situation sécuritaire dans cette partie du Nord Kivu. Elle cite des pillages, cambriolages, assassinats ciblés et la présence d’hommes lourdement armés dans le parc national des Virunga. Et malgré tous ces assassinats, ces enlèvements et autres exactions, la société civile de Nyiragongo fustige l’inaction ou le laisser-faire des FARDC en poste dans ce secteur. De là à recommander au commandant des opérations Sokola 2 de lancer des opérations dans cette partie du parc national des Virunga, afin d’en déloger tous les inciviques armés.

     1.2.Les escortes militaires de moins en moins sûres dans le territoire de Rutshuru

Quatre personnes sont mortes lors de l’attaque d’un convoi de véhicules, le mardi 1er mai 2018 à Busendo, à une dizaine de kilomètres de la cité de Rutshuru-centre. Ce convoi, escorté par les FARDC, quittait la cité de Kiwanja pour celle de Butembo. Pour faire face aux multiples attaques contre des véhicules sur le tronçon Kiwanja – Kanyabayonga, long de plus de cent kilomètres, les autorités provinciales, avec l’Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN) avaient décidé que les véhicules soient escortés par des militaires. Mais deux ans après, l’association des chauffeurs du Congo (ACCO) estime que le nombre de soldats de l’escorte reste insuffisant, ce qui n’arrive pas à dissuader les bandits d’attaquer le convoi. Au courant du mois de mars 2018, un autre convoi de véhicules avait été attaqué et 5 personnes avaient été kidnappées. Elles avaient été libérées plusieurs jours après le versement d’une rançon par leurs familles respectives. Il faut interroger aussi l’efficacité d’une sécurité sous escorte militaire en lieu et place du rétablissement de l’autorité de l’Etat dans la zone. Cette pratique n’est pas tenable sur le long terme puisque les bandits finissent toujours par trouver les failles d’un tel dispositif. On ne fait pas la sécurité en encadrant les mouvements des populations par des hommes en armes !

     1.3. Assassinats au crépuscule à Goma

Dans la soirée du 29 avril 2018, sept personnes ont été tuées et dix-huit autres blessées, dans une fusillade, au quartier Mugunga, à l’extrême ouest de la ville de Goma. Des hommes armés non encore identifiés ont fait irruption dans une boutique où ils ont tiré à bout portant sur les détenteurs qui sont morts sur le coup. Ces bandits ne se sont pas arrêtés là puisqu’ils ont continué à tirer sur d’autres civils. Il y aurait eu beaucoup de victimes parce que tous ceux qui voulaient les identifier ont reçu une balle. Le jour suivant, des habitants en colère ont barricadé la route principale Goma - Sake tandis que d’autres se sont rassemblés devant l’hôpital CEBCA/Ndosho, où sont admis les blessés pour manifester leur indignation et rappeler à l’ordre les forces de sécurité qui sont censées protéger la population.

      1.4.Le président de la République interpellé

Les coordinations de la société civile de la ville de Beni et de Butembo, ainsi que des territoires de Beni et de Lubero ont adressé une lettre ouverte au président Joseph Kabila lui demandant d'assumer ses responsabilités de chef suprême des armées pour faire cesser ces massacres qui ont aussi occasionné le viol des milliers de femmes. Quand on passe de 1 116 personnes tuées en mai 2016 à 2 459 en avril 2018, de 874 personnes kidnappées en territoire de Lubero et de 783 en territoire de Beni, les chiffres disponibles parlent de 7 376 cas de viol des femmes et enfants dans ces deux seuls territoires sur la même période. Autant dire que le bras de fer mené par les autorités congolaises contre le bureau de coordination des actions humanitaires des Nations Unies avant la tenue de la conférence des donateurs pour la RDC à Génève du 13 avril 2018 ne relève que de la mauvaise foi, puisque que ces mêmes autorités avaient déclaré que la situation humanitaire n’était pas si dramatique. Mais après avoir boycotté cette conférence pour n’avoir pas été associé en amont, l’Etat congolais s’était dit satisfait de la mobilisation réalisée (près d’un tiers des 1,7 milliard de dollars escomptés) et avait créé dans la foulée une agence de gestion des fonds humanitaires pour canaliser cette aide. Et même si le ridicule ne tue pas, l’on se rappellera que le boycott du gouvernement de Kinshasa est la raison qui a dissuadé certains pays donateurs de participer à cette réunion.

       2. Quand la ministre nationale des droits humains regrette la dispersion d’une marche de la LUCHA à Goma

Mme Marie-Ange Mushobekwa dit regretter qu’une marche du mouvement citoyen Lucha ait été dispersée le 1er mai 2018 à Goma. Près de trente militants ont d’ailleurs été interpelées à l’occasion. Même scénario la semaine dernière à Beni et Lubumbashi alors que le gouvernement avait promis que la mesure d'interdiction des manifestations publiques pacifiques était levée. Pour la ministre cependant, le meeting que l'UDPS a pu tenir le 24 avril dernier à Kinshasa, une première depuis septembre 2016, prouve que le gouvernement a bien levé la mesure d'interdiction. Mme Mushobekwa pense que ce qui s'est passé à Goma le 01er mai relève d'un « excès de zèle » de la part des autorités locales. Les militants de la LUCHA s’étaient rassemblés pour fêter les six ans d’existence de leur mouvement et pour dénoncer et demander justice pour tous les massacres des congolais au Nord Kivu et dans le Kasaï, estimant que les auteurs de ces crimes n’ont jamais été traduits en justice. Mais là où la ministre des droits humains parle d’excès de zèle, le Maire de la ville de Goma assure qu’il a interdit toute sorte de manifestation pour des raisons d’ordre sécuritaire et par compassion avec les victimes de l’attaque des inciviques et hors la loi qui ont endeuillé des familles au quartier Mugunga. La société civile du Nord Kivu a par la suite déclaré soutenir l’action de la LUCHA et devrait même les accompagner pour revendiquer la sécurité dans la ville de Goma. Une jeep de reportage de la radio Pole FM ainsi que son conducteur ont été arrêtés et séquestrés en marge de cette manifestation, au prétexte fallacieux qu’ils avaient transporté des manifestants. Estimant sans doute que ces manifestants et le malheureux chauffeur de Pole Institute n’avaient commis aucune infraction, ils ont tous été libérés dans la soirée du même jour d’arrestation.

L’on se demande s’il s’agit effectivement d’un excès de zèle des autorités locales ou alors si nous sommes en face d’un membre du gouvernement qui veut simplement sauver la face là où la non répression du meeting de l’UDPS de la semaine dernière a beaucoup fait parler de lui ? Après les marches de la LUCHA qui ont été dispersées, entre l’opposition et la société civile, beaucoup d’autres manifestations sont à prévoir en cette année électorale. Seront-elles traitées comme celles de la LUCHA ou comme celle de l’UDPS ?

      3. La loi sur la répartition des sièges en débat à l’Assemblée Nationale

Pendant que Moïse Katumbi, présent au sommet organisé par la fondation Mo IBRAHIM à Kigali entre le 27 et 29 avril 2018, annonçait aux médias qu’il revient très bientôt en RDC, l’Assemblée Nationale a adopté la loi sur la répartition des sièges le 30 avril 2018 à Kinshasa. Cet organe s’est prononcé pendant que des voix se lèvent pour dénoncer des manœuvres pour reporter à nouveau les élections prévues le 23 décembre 2018. Il s’agit notamment des laïcs catholiques qui, le même 30 avril, mettent fin à leur trêve et annoncent « de nouvelles actions pacifiques » à venir. Selon Radio France Internationale, ils dénoncent l'audit du fichier électoral et l'enrôlement des Congolais de l'étranger qui n'ont pas encore débuté ; ce qui fait craindre des retards. Le CLC estime aussi qu’aucune des mesures annoncées pour décrisper le climat politique n'est véritablement appliquée puisqu’il n’y a toujours pas d’opposant emblématique libéré et l’interdiction de manifester n'est pas encore levée.

Du côté de la majorité présidentielle, l’inquiétude plane sur l’enrôlement des congolais de la diaspora qui est prévu du 01er juillet au 28 septembre 2018. En effet, le député national Henri Thomas Lokondo Yoka, évoque les contraintes financières et logistiques que pose cet enrôlement : « Vouloir enrôler la diaspora congolaise dans le contexte actuel pour la faire participer au vote du président de la République, c’est vouloir reporter la présidentielle… Je ne demande pas de modifier la loi électorale en vigueur, mais je pense qu’au regard des contraintes financières et logistiques, surtout avec le décaissement des fonds qui traîne du côté du gouvernement, nous devons prendre nos responsabilités politiques pour lever une option à même de faire avancer le processus ».

Dans ce contexte, les élections ne pourraient-elles pas avoir lieu sans la diaspora congolaise ?  Sinon, peut-on espérer un miracle dans le décaissement des fonds par le gouvernement afin de permettre à la CENI de respecter les échéances prévues dans le calendrier électoral ? A quelques mois de la fin de l’année 2018, ce calendrier qui semble très serré, permettra-t-il la tenue d’élections transparentes et crédibles ? Ou alors il faut encore penser à l’avènement d’une nouvelle transition après 2018 ? Des rumeurs faisaient entendre que l’UDPS aurait obtenu du pouvoir un début de décrispation politique en échange d’une nouvelle transition qui garderait Joseph Kabila au pouvoir et consacrerait Felix Tshisekedi premier ministre. Mais ce dernier a réfuté ces allégations, préférant, de ses propres mots, se consacrer à la préparation de la présidentielle de décembre 2018.

       4. Kinshasa : Quand la Belgique rappelle puis démet de ses fonctions son ambassadeur en RDC

En janvier 2018, Bertrand de Crombrugghe, ambassadeur de la Belgique en RDC, avait quitté précipitamment Kinshasa mais à l’époque, le ministère des Affaires étrangères belge minimisait la crise. On parlait alors d’un retour à Bruxelles pour des discussions pour une dizaine de jours. Trois mois plus tard, la Belgique a finalement décidé de le rappeler. La raison invoquée est le contexte bilatéral entre les deux pays, comme quoi la brouille diplomatique continue de s’aggraver entre les deux pays. Tout est parti de la décision prise par la Belgique en janvier 2018 de mettre fin à une série d’interventions qui devaient être mises en œuvre directement par les autorités congolaises. Convaincus que seules des élections crédibles offrent une issue à la crise politique, ils avaient préféré orienter leur aide vers des organisations non gouvernementales qui travaillent directement avec la population. En réaction, le gouvernement congolais avait demandé la cessation immédiate des activités de la nouvelle agence belge de développement (ENABEL) et la fermeture la Maison Schengen, structure consulaire de délivrance des visas pour tous les pays de l’espace Schengen gérée par l’Ambassade de Belgique en RDC avant que le ministre congolais des affaires étrangères Léonard She Okitundu ne déclare « Les ONG qui recevront cet argent ne seront pas autorisées à travailler dans notre pays ».

Le journal néerlandais De Standard évoque une rupture de confiance entre l’ambassadeur en poste à Kinshasa et le ministère belge des Affaires étrangères, et des divergences sur la tonalité à adopter vis-à-vis de Kinshasa dans cette période difficile. L’ambassadeur était devenu incontrôlable puisqu’il paraissait plus conciliant que ses supérieurs qui, eux, prônaient plus de fermeté vis-à-vis du gouvernement congolais. Ce rappel se fait à quelques mois des échéances électorales cruciales prévues en décembre 2018 en RDC. Les relations bilatérales entre les deux pays se seront-elles déjà réchauffées ? A Bruxelles en tout cas, on assure que le choix de nommer un nouvel ambassadeur dépendra de l’évolution des relations entre les deux pays. Encore faudra-t-il en trouver un qui obtienne l’agrément de Kinshasa.

     5. Au Rwanda, le gouvernement dissout la représentation des réfugiés du camp de Kiziba

Le gouvernement rwandais a décidé de dissoudre le comité représentant les réfugiés du camp de Kiziba. En février dernier, ils avaient été à l'origine d'une manifestation réprimée par la police, faisant une dizaine de morts, selon le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR). Depuis une quinzaine de jours, la police rwandaise est déployée autour du camp et fait des patrouilles, officiellement, pour mettre un terme à l'insécurité, mais cela a provoqué une gronde chez les réfugiés qui craignent l'arrestation des membres du comité dissout. Ce comité explique que même si les réfugiés n'ont que 5 700 francs rwandais d'assistance, soit un peu plus de 5 euros par mois, leur mécontentement vient de ce que le HCR et le gouvernement rwandais leur auraient demandé de s'enregistrer dans le registre du programme rwandais de santé publique, ce qu'ils auraient refusé depuis février. Quant aux accusations d'être à l'origine de l'insécurité et de bloquer l'accès des humanitaires au camp, le président du comité dissout, Louis Moambi, dément. Pour lui, les réfugiés sont simplement contre cette présence policière qui les a encore réprimés ces derniers jours. Lorsque les policiers arrivent, les hommes, les femmes et les enfants leur disent : « Vous nous avez tués le 22 février, on ne veut plus vous voir ». Mais ils oublient que la police a le droit de se déployer où elle veut sur le territoire national pour assurer l’ordre et la sécurité de la population. En février, plusieurs réfugiés avaient disparu dans la nature après que certains parmi eux soient tombés sous les balles de la police. C’est peut-être aussi pour cette raison que le Rwanda a demandé aux ONG de quitter le camp, pour arriver à maitriser le flux des réfugiés et maitriser les groupuscules qui poussent les réfugiés à manifester indépendamment des explications fournies par le HCR pour expliquer la baisse de l’assistance face au nombre de réfugiés qui ne fait que grossir. Depuis une semaine, plus aucun réfugié ne peut entrer ni sortir de ce camp. On craint qu’il y ait même des gens qui y meurent. Est-ce la nouvelle formule pour amener ces réfugiés de longue date à plier ?

 

Goma, Raoul Banywesize,

Chercheur/ Pole Institute

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