Comment ça va du 22 juin au 05 juillet 2018

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  1. L’Eglise catholique inquiète malgré des avancées accomplies dans le processus électoral

Dans un document publié le 29 juin 2018, 47 prêtres de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) appellent à « sauver le processus électoral » en République démocratique du Congo, menacé selon eux par plusieurs faits. Les prêtres de la CENCO, qui avaient facilité le dialogue ayant abouti à l’accord de la Saint-Sylvestre en décembre 2016, déplorent qu’à six mois de la tenue des élections présidentielle, législatives nationales et provinciales, le climat sociopolitique demeure tendu, la situation sécuritaire et humanitaire précaire et les droits de l’homme soient bafoués. C’est pourquoi ils appellent le gouvernement, les acteurs politiques, la CENI ainsi que la population à s’impliquer pour corriger le tir. Parmi les ratés que dénoncent les catholiques, il y a entre autres le non-parachèvement des mesures de décrispation prévues dans l’Accord de la Saint-Sylvestre, jugé inexplicable et inacceptable, mais également le maintien en prison ou en exil des personnes emblématiques pour leurs opinions politiques, ce qui n’est pas de nature à favoriser des élections inclusives et apaisées ou encore le fichier électoral qui divise les parties prenantes au processus électoral. Quant à la machine à voter qu’impose la CENI, les prêtres de la CENCO constatent qu’il n’y a toujours pas de consensus sur son utilisation. C’est pourquoi la CENCO appelle le président Joseph Kabila à assumer ses responsabilités devant la Nation et le peuple congolais à continuer d’exiger des élections crédibles dans le respect du calendrier électoral publié. Ils appellent enfin la population à ne céder ni à la peur ni à la résignation et encore moins à la violence. « Résistons à l’achat des consciences et aux manipulations politiciennes ».

Cependant, ces membres du clergé reconnaissent certaines avancées accomplies dans le processus électoral, entre autres l’existence d’un fichier électoral, la mise en œuvre partielle des mesures de décrispation du climat politique, et un timide respect de la liberté des manifestations publiques, même si le climat sociopolitique demeure tendu, la situation sécuritaire et humanitaire précaire et les droits de l’homme toujours bafoués.

Réagissant au message des évêques de la CENCO, François Nzekuye, député national du PPRD, estime qu’aucun politicien congolais n’a été contraint à l’exil et que ceux qui sont à l’extérieur le sont de leur propre gré ; et personne ne les empêche de revenir au pays.

      2.  La convocation de l’électorat par la CENI

En dépit des avancées timides susmentionnées qui sont loin de rassurer, la CENI a annoncé l’ouverture des bureaux de réception et de traitement des candidatures (BRTC) le 24 juin 2018. Le Comité laïc de coordination (CLC), une structure proche de l’église catholique qui milite pour le respect des Accords de la Saint Sylvestre 2016, avait regretté l’évolution en marche forcé du processus électoral sans tenir compte de plusieurs recommandations pertinentes desdits accords signés le 31 décembre 2016 en vue des élections apaisées au pays. Cette organisation affirme avoir adressé une lettre au président de l'Union africaine pour attirer son attention sur le risque des élections chaotiques en RDC.

      3.  Quid de la candidature unique du Front Commun pour le Congo ?

A quelques semaines du dépôt officiel des candidatures pour la prochaine présidentielle, la majorité au pouvoir multiplie les signaux d’une énième candidature de Joseph Kabila, président sortant, normalement interdit de se représenter. Le 1er juin 2018, des cadres politiques issus du gouvernement et des proches du président Joseph Kabila créent une grande coalition électorale au service du président congolais. Aubin Minaku pour la composante Majorité présidentielle, Bruno Tshibala pour le Rassemblement des forces politiques et sociales acquises au changement, José Makila pour le compte de l’opposition signataire de l’accord de la cité de l’union africaine et Maguy Kiala pour la Société civile, ont signé cette charte. D’anciens opposants, emmenés par le Premier ministre Bruno Tshibala, déclarent alors leur flamme à leur nouvelle autorité morale. Quant à la majorité présidentielle au pouvoir, elle se voit diluée dans cette coalition dénommée Front Commun pour le Congo. Tous disent alors vouer une dévotion suprême au président Joseph Kabila, qui doit rester au centre de la vie politique congolaise, alors qu’il est arrivé au terme de son deuxième et dernier mandat depuis le 20 décembre 2016. « Le FCC œuvre, dans le respect de l’autonomie et de l’identité des entités politiques, pour que Kabila, autorité morale de la coalition, reste le leader incontesté de la vie politique avant, pendant et après les élections », explique André-Alain Antundu, porte-parole de la Majorité Présidentielle. Cette nouvelle famille veut donc remporter les prochaines élections autour d’un candidat président commun.

      4.  Joseph Kabila va-t-il tenter de briguer un troisième mandat ?

Si depuis plusieurs mois, la majorité présidentielle a toujours soutenu qu’elle avait bel et bien identifié un dauphin au président Kabila pour briguer la magistrature suprême à la prochaine présidentielle, la réalité semble différente. Ses partisans le trouvant trop jeune pour jeter l’éponge, et étant eux-mêmes trop divisés pour se trouver un candidat consensuel, ils semblent s’investir dans la recherche des mécanismes pour le garder à la direction des affaires. L’intéressé a lui-même pris soin de ne rien annoncer sur le sujet. Et même si une short-list de candidats potentiels à sa succession se préparait, la libération de Jean-Pierre Bemba bouleverse tous les calculs puisque, soudainement, Moïse Katumbi n’est plus le seul à craindre. Ce serait encore plus grave si ces deux messieurs venaient à coaliser dans la course vers la présidentielle. Le dauphin de Joseph Kabila aurait alors peu de chance de l’emporter. C’est pourquoi les stratèges du pouvoir pourraient changer pour prôner « Kabila ou rien ». Stanley Mbayo, député national à la tête du Mouvement des Indépendants Réformateurs (MIR) avait annoncé, en mai dernier, que son parti allait déposer la candidature de Joseph Kabila à la prochaine élection. Et même si la Constitution interdit au président congolais de briguer un nouveau mandat, il estime que son parti est libre de présenter sa candidature sans violer la Constitution puisque Joseph Kabila est libre de se présenter sous la bannière d’un parti politique. « La seule interdiction qui limiterait Kabila, c’est de se représenter en tant qu’indépendant aux prochaines élections. », avait déclaré Stanley Mbayo.

Ce n’est pas la première fois qu’un partisan ou un sympathisant de la majorité présidentielle met sur la table une stratégie pour donner plus de temps à Joseph Kabila pour rester au pouvoir. Après l’enrôlement des congolais de l’étranger qui a été levée faute de temps matériel pour le faire sans aller au-delà de décembre 2018, le régime juridique qui aurait changé en 2011 en passant de deux à un tour et de la majorité absolue à une majorité simple, et maintenant une nouvelle candidature sous la bannière d’un parti politique, qu’est-ce qui pourrait suivre ? Par ailleurs, les dés sont jetés pour grappiller des voix dans le camp de l’opposition.  Plusieurs anciens lieutenants de Jean-Pierre Bemba (Mouvement de Libération du Congo, MLC) sont passés dans le camp présidentiel alors que le débauchage de Bruno Tshibala a sérieusement ébranlé l’UDPS, l’autre grand parti de l’opposition déjà orphelin de son vieux leader charismatique Etienne Tshisekedi mort en février 2017. Les acteurs politiques de l’opposition sont très mal en point face à la machine de la MP qui vient de s’ouvrir à tous les opposants qui collaboraient déjà au sein du gouvernement. L’ex-puissant gouverneur et homme d’affaires du Katanga, Moïse Katumbi, qui a eu le vent en poupe en fédérant plusieurs acteurs politiques et en se posant comme une alternative plus ou moins crédible au pouvoir en place, est contraint à l’exil depuis 2016 du fait de nombreux dossiers dans lesquels la justice l’implique, est très fragilisé. Et même s’il risque la prison en retournant au pays, il a rassuré ses partisans qu’il revient bientôt pour déposer sa candidature à la présidentielle et battre campagne, ce qui n’est pas une première dans la bouche du Président du club congolais du TP Mazembe. En attendant, il a nommé le 03 juillet 2018 les membres de son cabinet, signe, selon ses lieutenants, qu’il est fin prêt pour les élections.

La CENI devrait annoncer la liste définitive des candidats à la présidentielle le 08 août 2018. Quelle stratégie le FCC pourrait-il appliquer au cas où il voudrait contourner le verrou constitutionnel qui empêche la représentation de Joseph Kabila à ce scrutin ? L’un des scénarii consisterait à déposer cette candidature à la CENI, qui la rejetterait pour la bonne forme ; le FCC pourrait alors recourir à la Cour Constitutionnelle pour interpréter la loi. Cette même Cour, qui a la compétence de trancher par ses arrêts les contentieux électoraux et reçoit des recours en interprétation de la Constitution, vient de subir fort opportunément de profonds changements avec les nominations de quatre juges, proches de Joseph Kabila, pourrait éventuellement donner une interprétation favorable. Le pays se trouverait alors dans une situation à la burundaise, avec un candidat décrié par l’opposition et par la Communauté internationale, mais qui foncerait tête baissée et mettrait tout le monde devant le fait accompli.

Mais peut-être n’aura-t-il pas besoin d’aller aussi loin. Avec cette nouvelle structure, le FCC, qui est à ses pieds, et la nouvelle loi qui vient d’être votée en faveur des anciens chefs d’Etat dont il est le seul bénéficiaire, Joseph Kabila pourrait céder sa place à un autre candidat du sérail qui, avec les moyens et l’organisation actuelle des forces pro-Kabila, serait en mesure de battre n’importe quel candidat de l’opposition. A moins que cette dernière ne se ressaisisse et s’adapte aux nouveaux développements, par exemple en mutualisant leurs forces et en se mettant d’accord autour d’un candidat et d’un programme consensuels. Ce qui ne semble pas envisageable à très court terme, alors que les élections frappent déjà à la porte.

 

Goma, Raoul Banywesize,

Chercheur/ Pole Institute

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