Comment ça va du 21 septembre au 04 Octobre 2018

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  1. Un groupe de députés nationaux dénoncent le blocage des contrôles parlementaires sur les tueries de Beni

Le caucus des députés nationaux du Nord-Kivu a dénoncé, au cours d’un échange le 26 septembre 2018 avec le président de l’Assemblée nationale, le blocage des contrôles parlementaires sur les tueries de Beni.  A travers cette démarche, ils envisagent des solutions institutionnelles aux tueries de Beni puisqu’il n’est pas normal que, malgré la présence averée de plus de 10000 militaires FARDC et 2 000 de la MONUSCO, la population continue à être massacrée. Pour Edouard Kyove Kola, député national élu de Butembo, il est de plus en plus douteux que les vrais tueurs soient les ADF au regard des plusieurs blocages du contrôle parlementaire sur ce dossier. « Lorsque nous voulons faire le contrôle parlementaire, on nous en empêche. Ce qui veut dire que nous devons croire à autre chose... Nous avons autant de militaires, des agents de la MONUSCO, comment expliquer qu'on tue les gens au centre-ville pendant que la ville est plus militarisée que toutes les villes de la RDC ? ». A côté des questions que ce parlementaire met sur la table, il a aussi indiqué que le président de l’Assemblée nationale les a rassurés que dans le cadre du contrôle, ils travailleront désormais avec certains membres du gouvernement, notamment le ministre de la Défense et celui de l'Intérieur. Pas sûr que la population meurtrie de Beni se montrera patiente.

       2. L’opposition appelle au déploiement d’une force spéciale de la SADC à Beni

Les partis politiques de l’opposition implantés dans la ville et le territoire de Beni ont appelé le 30 septembre 2018 le Conseil de sécurité de l’ONU au vote d’une résolution ordonnant le droit d’ingérence humanitaire et la SADC, au déploiement d’une force spéciale indépendante en RDC pour mettre fin au massacre des civils dans cette région. Dans une déclaration commune, ces partis politiques ont dénoncé les massacres récurrents à Beni depuis quatre ans. La population de cette contrée est sous menace des groupes armés, principalement les présumés ADF qui sont accusés d’avoir tué, égorgé et brûlé vif plus de deux mille personnes. Ils ont déploré les aveux d’impuissance et l’incapacité des institutions de la RDC de sécuriser la population de Beni ; alors que « ces deux fléaux - massacres et Ebola - constituent une sérieuse menace sécuritaire et humanitaire non seulement pour la ville et le territoire de Beni mais aussi pour l’humanité tout entière. » C’est pourquoi, après plus de quatre ans de traque sans succès des présumés rebelles ADF par les FARDC dans le territoire de Beni, la population ne leur fait plus confiance et ne sait plus à quel saint se vouer. Et puisque l’assistance des forces de la MONUSCO n’a pas aidé à arranger la situation, elle espère que l’engagement d’autres forces armées porte ses fruits.

        3. Ça coince encore du côté de l’opposition malgré la tenue du meeting du 29 septembre 2018

Réunies à Kinshasa lors du meeting du 29 septembre 2018 devant leurs militants, différentes personnalités de l’opposition, candidats à la présidentielle, se sont exprimées sur l’évolution du processus électoral et les actions à entreprendre pour aboutir à l’organisation des élections crédibles et apaisées en décembre 2018. Felix Tshisekedi, Adolphe Muzito, Freddy Matungulu, Martin Fayulu et Vital Kamerhe ont partagé un message d’unité jusqu’au 23 décembre 2018 avec Jean-Pierre Bemba et Moïse Katumbi qui intervenaient par vidéoconférence puisque se trouvant en dehors de la RDC. Alors que Felix Tshisekedi déclarait : « Au moment de la désignation du candidat commun de l'opposition, nous ne voulons pas assister à la bagarre entre les partisans de tel ou tel autre parti. Le combat que nous avons aujourd'hui est de remplacer les ennemis qui sont à la base de nos souffrances, depuis le 17 mai 1997 », Moïse Katumbi appelait au strict respect de l’accord de la Saint-Sylvestre : « Il faudra respecter l’accord du 31 décembre puisque si ces parvenus sont au pouvoir aujourd’hui, c’est grâce à cet accord. ». Cet accord qui prévoit la décrispation politique comme préalable à la tenue des prochaines élections encouragerait les parties à ne pas aller aux élections tant que les prisonniers politiques emblématiques ne seraient pas libérés et que Moïse Katumbi, contraint à l’exil, ne serait pas de retour en RDC. Les autres candidats à la présidentielle qui étaient présents à la manifestation ont aussi exigé la mise à l’écart de la machine à voter et l’extirpation des électeurs sans empreintes digitales du fichier électoral, Jean-Pierre Bemba accusant le président de la Commission électorale nationale indépendante de préparer une tricherie à l’échelle nationale estimant qu’il n’a pas tenu sa promesse de réunir l’ensemble de la classe politique pour décider de la suspension de la machine à voter. Et même si certaines langues de la majorité présidentielle insinuent que l’opposition ne veut pas d’élections puisqu’elle pose beaucoup de conditions préalables à l’organisation des élections, Vital Kamerhe a affirmé qu’ils sont prêts pour aller aux élections le 23 décembre 2018, mais qu’ils travaillent encore sur un programme commun à présenter à la population congolaise.

Trois jours plus tard, Henri Mova Sakanyi, ministre de l’Intérieur et de la Sécurité, a présenté au gouvernement le rapport du meeting de l’opposition du 29 septembre 2018. Il a jugé « négligeable » le nombre de 4500 personnes ayant participé à ce rassemblement et souligné qu’aucun incident majeur n’a été enregistré par les forces de l’ordre. Cela a toutefois coïncidé avec un message de la société TRANSCO qui annonçait ne pas pouvoir assurer le transport en commun dans Kinshasa le jour du meeting parce qu’elle procédait à l’entretien général de ses engins. Difficile de ne pas penser à une stratégie du pouvoir, maintenant qu’il fait plus attention au jugement des acteurs internationaux ; désormais, il perturbe les manifestations de l’opposition sans les interdire. Quant à la stratégie de l’opposition de ne pas encore dévoiler le candidat commun à moins de trois mois du scrutin, elle peut bien le sécuriser mais elle joue aussi en faveur du FCC : avec le temps qui passe, Emmanuel Shadary qui était pris pour un perdant au départ, est en train d’engranger de nouveaux soutiens puisqu’en face, l’opposition donne l’impression de ne pas s’entendre sur la candidature commune. Pour ne citer que celui-là, le collectif des notables du Grand Kivu a organisé, le samedi 22 septembre, un dîner d'échange avec Emmanuel Ramazani Shadary, au cours duquel ils ont assuré de continuer à se réunir pour mobiliser l'électorat des provinces du Nord Kivu, Sud Kivu et du Maniema en faveur du candidat Shadary. Si l’opposition continue de traîner le pas, l’électorat du Grand Kivu pourrait bien se retrouver dans le dicton « vaut mieux un diable qu’on connait plutôt qu’un ange qu’on ne connait pas ». La machine FCC est déjà en marche.

        4.  Tête à tête entre Joseph Kabila et Charles Michel à New York

En marge de la 73ème Assemblée générale des Nations Unies, le président congolais Joseph Kabila a rencontré le Premier ministre belge Charles Michel le vendredi 28 septembre 2018 à New York pour échanger sur l’amélioration des relations bilatérales entre les deux pays. Ce dernier affirme avoir constaté qu'il y avait de la volonté de maintenir un dialogue de qualité au plus haut niveau, y compris pendant les derniers mois, lorsque les difficultés diplomatiques ont atteint leur paroxysme. Le gouvernement congolais avait demandé la cessation immédiate des activités de la nouvelle agence belge de développement (ENABEL) et la fermeture de la Maison Schengen, structure consulaire de délivrance des visas pour tous les pays de l’Espace Schengen gérée par l’Ambassade de Belgique en RDC, après que la Belgique ait annoncé la révision de sa coopération en RDC. Récemment, Lambert Mende, ministre congolais de l’information, affirmait que son gouvernement recommande la levée des sanctions de l’Union Européenne contre 14 personnalités congolaises avant d’autoriser à la Maison Schengen de rouvrir ses portes. Quant au ministre belge des Affaires étrangères, Didier Reynders, il a insisté, le 26 septembre, auprès de son homologue congolais, Léonard She Okitundu, sur la nécessité d’élections inclusives et ouvertes en RDC. Le message du président congolais, à l’Assemblée générale de l’ONU, a pourtant été très clair : ils veulent gérer seuls le processus électoral et estiment que la préparation se passe conformément aux attentes, de sorte que les élections pourront se tenir le 23 décembre 2018. Il faut tout de même noter la différence d’approches diplomatiques adoptées par Didier Reynders et Charles Michel sur le processus électoral en RDC. Alors que le premier parcourt plusieurs capitales africaines pour accentuer la pression sur le régime de Kinshasa, le Premier ministre belge semble plus soucieux d’une désescalade. Serait-il déçu de jouer seul au policier dans l’indifférence générale de la Communauté internationale ?

Dans la foulée, la délégation congolaise qui séjournait à New York a refusé de participer à deux réunions sur la situation en RDC, qui devraient se tenir le 27 et 28 septembre 2018. Kinshasa dit n’avoir pas été associé à la préparation de ladite réunion dont il ignorait les objectifs. Le 24 septembre, le coordonnateur de l'Association Congolaise pour l'Accès à la Justice (ACAJ) avait pourtant demandé aux dirigeants du monde réunis à New York, de se pencher sur la situation de la RDC. « Les membres des Nations Unies, réunis à la 73ème  session de l’Assemblée Générale à New York, aux Etats-Unis d’Amérique, doivent se pencher sur la crise politique de la RDC et ses conséquences éventuelles sur la stabilité de la RDC et la Région des pays des Grands Lacs, et de lancer une mise en garde sévère aux dirigeants politiques de la RDC qui s’érigent en obstacle à la mise en œuvre de l’Accord de la Saint-Sylvestre, au nom de la soi-disant souveraineté, quant aux sanctions individuelles qu’ils pourront subir », avait déclaré Georges Kapiamba. Les deux réunions sur la RDC seront finalement annulées, comme annoncé par Barnabé Kikaya Bin Karubi, principal conseiller diplomatique de Joseph Kabila, aux médias ; qui ajoute par ailleurs qu’en informant la RDC en dernière minute, l’ONU a commis une grave erreur et a dû annuler les réunions. Il précise que son pays reste ouvert aux discussions avec des organisations comme l’ONU si elles associent le pouvoir en place dans leurs préparations. En attendant, M. Kikaya a déclaré que le gouvernement congolais s’évertue à organiser des élections transparentes en décembre 2018 sur fonds propres. « Avec les décisions prises au pays de remettre au Congo sa souveraineté, je pense que le Congo n’est pas ce grand malade autour duquel doivent se retrouver plusieurs médecins ». A bon entendeur salut !

 

Goma, Raoul Banywesize,

Chercheur/ Pole Institute

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