Comment ça va ? du 2 au 15 Novembre 2018

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  1. Le rapatriement des FDLR cantonnés à Kanyabayonga au point mort

La société civile du territoire de Lubero estime que la présence prolongée des ex-combattants des FDLR (Forces démocratiques de libération du Rwanda, les FDLR) cantonnés à Kanyabayonga constitue une menace sérieuse pour la sécurité du territoire de Lubero et de la province du Nord-Kivu en général. En dépit de l’expiration du moratoire sur leur retour volontaire au Rwanda, fixé au 20 octobre 2018 par les chefs d’Etat des pays membres signataires du mécanisme régional du suivi de l’accord cadre d’Addis-Abeba, force est de constater qu’ils ne semblent pas pressés de partir. Ni le gouvernement congolais, ni l’Union Africaine ni d’autres organisations régionales, comme la SADC et la CIRGL, n’ont communiqué sur le sujet depuis l’expiration du moratoire. Et c’est cela qui inquiète la société civile, les FDLR n’étant pas un problème ponctuel qui pourrait être évacué par le seul concours de la MONUSCO. La porte-parole de la mission de l'ONU en RDC, Florence Marchal, a expliqué que la MONUSCO continue d'apporter sa contribution, sous forme de rations alimentaires, de carburant et de soins, dans le cadre de la prise en charge de ces ex-combattants FDLR.

Il incombe à tous les Etats de la région, la RDC en premier, de les prendre au sérieux puisqu’ils n’ont pas vocation à rester indéfiniment dans les camps de cantonnement. Ils se trouvent dans une zone à proximité d’autres groupes armés et peuvent donc facilement se procurer de nouvelles armes et continuer leur activisme alors qu’ils s’étaient démobilisés volontairement pour être rapatriés dans leur pays d’origine. Rappelons qu’il y a près de mille ex-combattants FDLR abandonnés à eux-mêmes dans des camps de cantonnement à Kisangani, chef-lieu de la province de la Tshopo, qui attendent aussi d’être rapatriés au Rwanda dans les garanties qui assurent leur sécurité. Malheureusement, l’immobilisme régional pourrait bien ne pas profiter à la RDC qui est en train de rater une nouvelle occasion de ramener chez eux des individus qui sévissent dans ce pays depuis près de 20 ans. Et face à la nécessité de trouver une réponse globale au phénomène FDLR, probablement participative avec les miliciens, ce n’est sûrement pas le Rwanda qui fera bouger les choses quand on sait que les FDLR militent pour « défendre les intérêts des Hutus rwandais qui se sont réfugiés en RDC et renverser Paul Kagame, l'actuel président rwandais. »

         2.  Beni : L’insécurité et Ebola menacent la tenue des élections

Le territoire de Beni est en train de se vider de sa population. Elle fuit les exactions des présumés rebelles ougandais de l’Allied Democratic Forces (ADF) et des groupes d’autodéfense Mai-Mai qui sèment la désolation dans la zone. Plusieurs familles quittent le territoire de Beni pour se rendre dans la province voisine de l’Ituri ou alors dans les territoires de Lubero et de Rutshuru. De ce fait, toutes ces personnes risquent de ne pas participer aux élections de décembre 2018. Jusqu’à ce qu’elle trouve une solution palliative à ce problème, la Commission électorale nationale indépendante ne permet qu’aux personnes restées là où elles ont été enrôlées, ici dans la circonscription de Beni, d’exercer leur droit de vote. Cela handicaperait toute la province du Nord Kivu qui est la deuxième force électorale en RDC, la ville de Beni comptant à elle-même plus d’un demi-million d’électeurs et huit sièges à pourvoir pour la députation nationale et provinciale.

Le territoire de Beni continue aussi de faire face à l’épidémie Ebola qui, à ce jour, cumule à plus de 300 cas identifiés et près de 200 décès. Le secrétaire général adjoint de l’ONU chargé des opérations de maintien de la paix, Jean-Pierre Lacroix, avait déjà appelé le 9 novembre 2018, au bout d’une visite conjointe effectuée en RDC avec le directeur général de l’OMS, les groupes armés actifs dans la zone à ne pas entraver les efforts de la lutte contre l’épidémie Ebola. Quant à lui, le ministre congolais de la santé a indiqué qu’aucune autre épidémie au monde n’avait été aussi complexe que celle qui sévit actuellement en RDC puisque les équipes chargées de mener les activités de la riposte ont déjà fait face à des menaces, des agressions physiques et à la destruction de leur matériel.

Même si à ce jour, près de 100 personnes ont été guéries de la maladie, il est à craindre que la persistance de Ebola conjuguée à celle de l’insécurité dans la région de Beni dissuade bon nombre de citoyens à aller au vote. C’est pourquoi il incombe à toute la population à risque, civils et membres des groupes armés de se mobiliser pour faire passer la question de santé publique avant toute revendication politique ou socioculturelle. C’est bien à cause des résistances que rencontrent les équipes chargées de la riposte que le risque de propagation du virus va crescendo. Tant que chacun n’y mettra pas du sien, la situation demeurera instable et le virus Ebola pourrait se propager dans les autres provinces de la RDC, ce qui gâcherait beaucoup plus que les élections de décembre 2018, et même dans les pays voisins.

     3.  L’opposition perd l’opportunité de présenter un candidat commun aux élections

Réunis à Genève pour désigner le candidat commun de l’Opposition, les 7 leaders de l’opposition ont finalement porté leur choix sur Martin Fayulu. Ainsi naissait Lamuka, la nouvelle coalition électorale et politique de l’opposition qui devait soutenir la candidature unique de Martin Fayulu à la présidentielle de décembre 2018. Cette désignation en a surpris plus d’un, d’autant plus que c’est Félix Tshisekedi et Vital Kamerhe partaient pour favoris. Après l’interdiction faite à Moïse Katumbi pour retourner en RDC et l’invalidation de la candidature de Jean-Pierre Bemba par la Cour constitutionnelle, Felix Tshisekedi et Vital Kamerhe ont été incapables de se mettre d’accord sur lequel des deux serait le candidat commun de l’opposition lors des négociations bilatérales UDPS-UNC à Kinshasa. Leur sort a été mis entre les mains des autres leaders de l’opposition et c’est Martin Fayulu qui a été désigné. Dès cette annonce, plusieurs de leurs lieutenants ont crié au scandale et se sont désolidarisé de la déclaration de Genève. On se rappelle encore du secrétaire général de l’UDPS, Jean Marc Kabund, qui a « donné 48 heures » à Felix Tshisekedi pour se retirer de l’accord. Et cela n’a pas tardé puisque moins de 24h après sa signature, Felix Tshisekedi annoncera qu’il la retirait. Il sera suivi par Vital Kamerhe, le duo n’étant pas arrivé à convaincre leurs bases respectives à soutenir Martin Fayulu. Celui-ci avait vu la ligne dure de l’opposition (celle du boycott) l’emporter à Genève au détriment de la ligne réaliste (celle de la participation aux élections malgré les faiblesses du processus électoral). Il s’était empressé d’annoncer qu’ils ne feraient pas de cadeau au pouvoir en place et que parmi leurs revendications se retrouvaient la lutte contre la machine à voter (que Felix Tshisekedi ne partage plus depuis quelques semaines) et la lutte pour l’inclusivité des élections. Selon ce dernier point, sans la participation de Katumbi, Bemba et Muzito aux élections, elles ne seront jamais inclusives et donc pas acceptables. Seulement, il parait utopique de faire plier le régime Kabila à un mois de l’organisation des élections alors qu’il est resté intraitable malgré les pressions internes (plusieurs marches organisées) et externes (sanctions occidentales).

Une telle démarche n’aurait d’autre issue que la tenue de nouvelles négociations qui verraient le camp de l’opposition mettre sur la table toutes ses revendications alors que le camp de la majorité présidentielle demanderait la levée des sanctions et le maintien du raïs dans la partie. C’est peut-être pour ne pas en arriver là que Felix Tshisekedi et Vital Kamerhe se sont désolidarisés de l’accord de Genève. Alors même que l’opinion nationale et internationale leur reproche des visées individualistes, les deux favoris des négociations de Genève et leurs bases respectives, n’auraient simplement pas digérés de laisser la place à un Martin Fayulu moins populaire et d’hypothéquer leurs chances à la présidentielle contre le retour dans la course des trois autres candidats déjà évincés. Felix Tshisekedi avait déjà commencé à se détacher de la ligne du groupe des sept ténors en annonçant, bien avant les négociations de Genève, qu’il était prêt à aller aux élections avec ou sans la machine à voter. A la tête du principal parti de l’opposition, il espérait tout de même que le consensus sur la candidature unique se porterait sur lui. Vital Kamerhe espérait aussi la même chose puisqu’il était arrivé 3ème aux élections présidentielles de 2011, et apparaissait comme la valeur sûre aux nouvelles élections puisque Joseph Kabila et Etienne Tshisekedi n’étaient désormais plus là pour lui barrer la route de la magistrature suprême. Ceux à qui tout ceci profite c’est bien le Front Commun pour le Congo, et son candidat désigné Emmanuel Shadary, qui espère récupérer un certain nombre de sympathisants qui seraient dégoutés par cette lutte intestine au sein de l’opposition et qu’elle aurait désormais du mal à mobiliser autour d’un nouvel agenda. Mais une coalition d’étudiants congolais de partout sur l’étendue de la RDC et d’autres acteurs de la société civile se mobilisent pour la candidature de Martin Fayulu et la coalition LAMUKA, estimant que se diviser aujourd’hui, c’est donner plus de chance au régime Kabila de rester au pouvoir. Ajoutons à cela le fait que certaines « bases » de l’UNC se sont émancipées en se désolidarisant de la décision de leur président de retirer sa signature de l’accord de Genève, et préférant ouvertement Fayulu à Tshisekedi, que l’on soupçonne de vouloir faire alliance avec Kamerhe. Les jeux ne semblent donc pas encore faits dans l’opposition, et les jours à venir seront vraiment déterminants pour chaque camp.

 

Goma, Raoul Banywesize,

Chercheur/ Pole Institute

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