Comment ça va du 17 au 23 aout 2018

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  1. L’opposition dénonce la campagne précoce de la majorité présidentielle

Depuis l’annonce de la candidature d’Emmanuel Ramazani Shadary à l’élection présidentielle de décembre 2018 sous la bannière du Front commun pour le Congo (FCC), des drapeaux des partis politiques de la majorité présidentielle fleurissent à Goma, accrochés souvent aux poteaux d’éclairage public, tout comme de grandes affiches placardées sur les panneaux publicitaires vantant les mérites des candidats du pouvoir qui posent aux côtés du président Joseph Kabila, autorité morale du FCC.

L’opposition politique dénonce cette pratique et parle d’une campagne précoce qui aurait même débuté dès le dépôt des candidatures pour les élections législatives nationales et provinciales, avant la désignation de son dauphin par Joseph Kabila. Ainsi, la Commission électorale nationale indépendante, qui devrait faire respecter la loi, ferme les yeux sur une pratique illégale, la loi électorale interdisant formellement la campagne précoce.

La majorité présidentielle semble donc jouir d’une forme d’impunité, ce que regrette Me Jean-Paul Lumbu Lumbu, président national du Parti Libéral pour le Développement (PLD), un parti d’opposition membre de la plateforme électorale Ensemble qui soutient la candidature de Moïse Katumbi. Toutefois, il fait remarquer que « maintenant que la majorité a commencé, l’opposition va être obligée de lui emboîter le pas. C’est regrettable mais il est impossible de faire autrement. Il faut juste espérer que s’il n’y a pas des sanctions prises contre la majorité présidentielle, il y en n’aura pas également contre l’opposition ». Le 17 août 2018, Gaspard Bosenge, gouverneur intérimaire de la Tshopo, a réuni le maire et les six bourgmestres de Kisangani et leur a enjoint d’interdire cette campagne électorale précoce dans leurs juridictions. Pour le reste, la Majorité présidentielle se défend en parlant plutôt d’une mobilisation en vue de la campagne électorale. Celle-ci a justement été fixée du 20 novembre au 21 décembre prochain.

       2. Trop de critiques tuent les élections, quand un poids lourd du FCC plaide pour l’opposition

S’exprimant sur Radio France Internationale à propos de son choix d’adhérer au FCC, la nouvelle plateforme présidentielle, Léon Kengo wa Dondo, président de la chambre haute du parlement et président de la formation politique « Opposition républicaine » a déclaré : « Cette charte ne veut pas dire qu’on doit obligatoirement soutenir Shadary, je suis libre. J’attends que la CENI présente la liste des candidats à la présidentielle. Je ferai mon choix. Je dirai qui je vais soutenir à son temps ». Il affirme également avoir signé cette charte pour lui donner « une crédibilité » et qu’il est contre l’idée d’un parti unique, allusion faite à la mégaplateforme, créée autour de Joseph Kabila, qui englobe tous les partis politiques de la majorité présidentielle, les ministres de l’opposition du gouvernement Tshibala et de plus en plus de personnalités de la société civile.

Plaidant pour la participation de Moïse Katumbi et de Jean-Pierre Bemba au scrutin présidentiel, Léon Kengo s’est également montré favorable à l’audit de la machine à voter : « Je ne critique pas la machine. Je ne connais pas sa fiabilité. Si tout le monde dit qu’elle risque de désorienter, il faut suivre. Bien sûr que je suis favorable à un audit. Trop de critiques tuent les élections », a-t-il déclaré. S’agissant des démêlés judiciaires de Moïse Katumbi, M. Kengo wa Dondo signale que ce sont des faits politiques : « Mon souhait le plus clair, c’est que tout le monde se présente. Et comme il a été condamné, qu’il demande au président de l’amnistier parce qu’il n’est pas en prison. Il ne peut donc pas bénéficier de la grâce, la seule possibilité qui reste c’est de bénéficier de l’amnistie ». Pour plusieurs, il s’agit là d’un soutien de taille dont vient de bénéficier Moïse Katumbi, qui n’a pas pu déposer sa candidature dans le délai réglementaire, fixé par la CENI. Mais Jean-Pierre Bemba a aussi bénéficié du soutien de Kengo, qui veut que les élections soient inclusives puisque dit-il : « Il est condamné pour subornation de témoin. Si les faits principaux pour lesquels il est poursuivi sont considérés comme non établis, la subornation de témoin est une infraction auxiliaire ».

Pas sûr que la Cour constitutionnelle et la CENI mordent à l’appât. Cette dernière se trouverait déjà en possession de la liste des personnalités congolaises coupables du port de la double nationalité, laquelle avait déjà été évoquée par le ministre de la Justice dans sa correspondance du 15 août 2018 adressée au Procureur Général près la Cour de Cassation. Selon l’esprit de cette lettre, la commission électorale devrait s’employer, sans tarder, à invalider les candidatures aux élections présidentielle, législatives nationales et provinciales, de tous les « binationaux » signalés sur cette liste noire. Nul doute que certains poids lourds de l’opposition se retrouve sur cette liste. Quant au procureur général de la République près la Cour de Cassation, il devrait s’en saisir pour enclencher des poursuites judiciaires contre les concernés. Le feuilleton ne fait que commencer.

       3. Katumbi rejette la proposition de demander une amnistie et projette une table ronde pour parler de la candidature unique de l’opposition

Moïse Katumbi a estimé qu’il n’avait pas besoin d’être amnistié, comme proposé par Kengo wa Dondo, parce qu’il n’a rien fait. Pour lui, le plus important c’est d’avoir des élections transparentes et inclusives qui seront gage de la paix en RDC. L’ancien gouverneur du Katanga a été empêché de rentrer au pays pour déposer sa candidature à la présidentielle de décembre 2018 suite aux multiples ennuis judiciaires, notamment celui relatif à sa nationalité. Sur ce point, il semble étonné de se retrouver avec la nationalité italienne sur une liste envoyée par le ministère de la justice à la CENI. Pourtant, Moïse Katumbi dit être congolais et encore en possession de sa carte d’identité zaïroise, ce que plusieurs politiciens ne sauraient pas faire alors qu’ils ne sont pas inquiétés par la justice congolaise. Le 21 août 2018, Lambert Mende, porte-parole du gouvernement a affirmé que le mandat d’arrêt international lancé par les autorités congolaises contre Katumbi reste valable et donc exécutoire en vertu de l’article 103 du code de procédure pénale. Ce, contrairement aux explications de la défense qu’il n’a pas hésité de qualifier de tricherie intellectuelle, car affirmant que ledit mandat d’arrêt international est inopportun, l’opposant n’étant pas fugitif et n’ayant jamais été condamné par un jugement irrévocable. Pour autant, Lambert Mende a précisé que l’opposant « ne peut trouver son salut que, si et seulement si, il déjà en détention ». Mais pour Katumbi, tout cela relève d’une distraction pour éviter d’organiser les élections. « Le mandat d’arrêt international est lancé contre un italien ? », s’interroge maintenant le président d’Ensemble. Il y a lieu d’adresser la question au porte-parole d’un gouvernement qui fait tout ce qui est en son pouvoir pour empêcher l’ancien président fédéral du PPRD au Katanga de tenter sa chance pour accéder à la magistrature suprême.

Et même s’il lui a été interdit de postuler, Moïse Katumbi affirme qu’une table-ronde de l’opposition sera organisée prochainement pour statuer sur une candidature commune : « Nous sommes une opposition très responsable. Aujourd’hui il y a eu des gens qui ont postulé, moi on me l’a interdit. J’ai fait un recours au Conseil d’Etat, donc j’attends le résultat. Nous allons nous mettre ensemble autour d’une même table pour parler du candidat de l’opposition. Si on choisit quelqu’un d’autre, que ça soit Jean-Pierre Bemba ou Félix Tshisekedi ou Martin Fayulu ou Vital Kamerhe nous allons l’accompagner. Mais si on choisit Moïse… attention il reste encore 3 mois », a-t-il expliqué au cours d’une conférence de presse à Bruxelles. Le président d’Ensemble pour le changement n’a donc pas encore baissé les bras quant à la possibilité de retourner en RDC pour déposer sa candidature à l’élection présidentielle. Il invite d’ores et déjà les leaders de l’opposition à être flexible lors de ces concertations à venir. Ceux-ci se sont montrés jusqu’ici, favorables à une candidature commune de l’opposition. Si cette perspective dure et se matérialise, c’est la seule chance que l’opposition a pour faire le poids face à la machine à gagner de Joseph Kabila.

 

Goma, Raoul Banywesize,

Chercheur/ Pole Institute

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