Comment ça va du 10 au 23 Mai 2019

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  1. Manifestations de la population contre le kidnapping à Kiwanja

Du 15 au 17 mai 2019, les écoles de Kiwanja, une cité située dans le territoire de Rutshuru à 75 Km de Goma, sont restées fermées puisque les élèves ont décidé de manifester leur ras-le-bol face aux kidnappings récurrents des civils dans la cité, et contre l’insécurité de façon générale. Tout est parti de l’assassinat, la veille du 15 mai, d’un parent d’élève, par des hommes armés non identifiés. D’après le président de la jeunesse de Rutshuru, Roger Sebiyera, ces hommes auraient tenté d’enlever la victime mais face à sa résistance, ils l’ont abattue avant de s’enfuir. Au premier jour des manifestations, la population en colère – pas que les élèves – est sortie pour manifester dans la rue contre cet assassinat. Elle a récupéré la dépouille qu’elle a déposé devant le bureau du territoire de Rutshuru, et la police a dû user de gaz lacrymogène pour disperser les manifestants.

Au deuxième jour de la manifestation, ils étaient toujours nombreux dans la rue. Des barricades ont été placées le long de la route principale de Kiwanja, empêchant toute circulation. En plus des écoles qui n’avaient même pas ouvert parce que les élèves avaient décidé d’observer une journée sans écoles, les commerces sont aussi restés fermés. C’est pendant que la police tentait de disperser les manifestants qu’un jeune élève a été tué par balle ; ce qui a eu le mérite de monter un peu plus la tension et ramené la population dans la rue le troisième jour. Cette fois, les habitants de Kiwanja ont bloqué toute entrée et toute sortie de la cité. Ils exigeaient, de la justice militaire, l’organisation urgente d’un procès en flagrance du policier, auteur du meurtre du jeune élève ; et les négociations pour lever les barrières n’avaient rien donné jusqu'en début d'après-midi. Selon des sources locales, l’armée a dû venir en renfort à la police, débordée par la situation.

Cela soulève plusieurs questions au-delà de ce qu’on pourrait considérer comme une bavure policière : pourquoi la police continue-t-elle d’utiliser des armes létales pour réprimer les manifestations ? Les agents de police, ne sont-ils pas conscients qu’en tirant à balles réelles sur une foule, ils prennent le risque de tuer certains manifestants, ce qui dessert la police beaucoup plus qu’elle lui sert ? Voila qu’une manifestation, au départ, contre le kidnapping et l’insécurité dans le Rutshuru se retourne contre la police au point de paralyser la cité entière et d’obliger l’armée à intervenir pour ramener un semblant d’ordre. La justice a aussi du pain sur la planche puisque la rigidité des citoyens dans leurs revendications vient du fait que, par le passé, plusieurs criminels ont été libérés sans avoir purgé leur peine ou carrément sans avoir été jugés. Il faudrait que chacun s’active à son niveau pour assurer la sécurité des populations, mais surtout, regagner leur confiance.

     2.  Après l’élection du bureau définitif de l’Assemblée provinciale, les sénatoriales donnent leur verdict

L’élection des cinq membres du bureau définitif de l'Assemblée provinciale du Nord Kivu s’est tenue, en présence de tous les 48 députés provinciaux, le 14 mai 2019 dans la salle des plénières à la BEDGL (Banque économique de développement des pays des Grands Lacs). Des trois candidats à la présidence de l’Assemblée provinciale, c’est Robert Seninga qui a remporté le vote. Jean Paul Lumbulumbu a été élu à la vice-présidence de l’organe, Mme Adèle Bazizane a été votée Rapporteur, M. Romain Kaurwa est devenu le Rapporteur adjoint et Kakule Siwako Alain a été élu Questeur de l’Assemblée provinciale. Deux jours après, le député Aisé Kanendu avait introduit à la Cour d’appel une requête en annulation de l’élection de M. Lumbulumbu au poste de vice-président puisque les deux candidats avaient obtenu le même nombre de voix à l’issue du vote. Le président du bureau provisoire, Pierre Pay Pay, avait alors fait usage de l’article 23 du règlement intérieur de cette institution pour accorder sa voix prépondérante à Jean Paul Lumbulumbu. La Cour d’appel a finalement confirmé ce dernier dans ses fonctions de vice-président de l’Assemblée provinciale.

Il en ressort que « les alliances politiques » ont pris le dessus sur « le vote ethnique » à l’Assemblée provinciale. Composée de 30 députés Nande sur les 48 députés provinciaux, c’est pourtant un candidat Hutu qui l’a emporté, comme lors de l’ancienne législature, et qui présage que l’entente de laisser le gouvernorat de la province du Nord Kivu à un candidat Nande risque de se reproduire encore une fois (c’est le même groupe des députés qui voteront aussi le gouverneur). Il demeure toutefois étonnant de voir le Front Commun pour le Congo (FCC) remporter la présidence de l’Assemblée provinciale alors que LAMUKA disposait de la majorité absolue dans le décompte des élus du Nord Kivu. S’agit-il aussi d’une entente entre les deux regroupements politique ou bien, nous avons à faire à des députés qui ont été corrompus comme ce fut, malheureusement, le cas dans plusieurs autres provinces de la RDC ? Nous ne le saurons peut-être jamais, mais ce qui est sûr c’est que LAKUMA aurait beaucoup à se reprocher si le futur gouverneur de province venait aussi du FCC.

Pour l’instant, la plateforme chère à Joseph Kabila a aussi remporté la majorité des sénateurs pour le compte du Nord Kivu lors du vote organisé le 18 mai 2019 ; et tenez-vous bien, aucun candidat de la communauté ethnique Nande, pourtant majoritaire à l’Assemblée provinciale, n’a été élu aux sénatoriales. Cela est sûrement un signe de division en leur sein mais, qui peut diviser un groupe qui aurait dû s’entendre sur une candidature commune si ce n’est que la réalisation des intérêts égoïstes ? Après avoir pu remporter ces deux batailles, il semble maintenant que le FCC est aussi en mesure d’aller chercher le poste très convoité de gouverneur de province. LAMUKA n’a pas pu tirer profit de son avantage numérique.

     3.  Félix Tshisekedi s’entretient avec les nouveaux gouverneurs de province

Du 13 au 15 mai 2019, le Président de la République a réuni à Kinshasa tous les gouverneurs et vice-gouverneurs nouvellement élus dans un séminaire de « mise en train » dans le but de mettre en phase la gouvernance provinciale avec la vision du chef de l’Etat. Entre diverses déclarations chocs, Félix Tshisekedi a voulu passer un message fort aux gouverneurs de province : « Vous êtes les dignes représentants du Président de la République dans vos provinces respectives. Ceci vous oblige d’adopter dans la gestion de vos entités respectives un comportement exemplaire…vous avez l’obligation d’élaborer vos programmes respectifs en y intégrant ma vision qui vise le développement du pays », ajoutant que le développement du pays passe aussi par la lutte contre les déviations. C’est pourquoi le chef de l’Etat a promis d’assurer le respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales, de combattre avec la dernière énergie la corruption, le détournement des deniers publics, le tribalisme, le népotisme, la concussion, le clientélisme, l’incivisme entre autres, insistant sur le fait qu’il compte sur chacun des gouverneurs pour qu’à l’issue de son mandat, ils puissent amener ensemble le changement qu’il avait promis au peuple congolais au cours de ma campagne électorale. Avec des priorités regroupées dans 20 piliers, Felix Tshisekedi place aussi l’éducation, la mise en place de la couverture maladie universelle, la promotion d’emploi, l’autonomisation de la femme et la promotion de la jeunesse, l’amélioration du climat des affaires et la promotion de l’entreprenariat au centre de ses actions. A cela s’ajoutent la lutte contre les changements climatiques, l’accès à l’eau et l’électricité, l’aménagement du territoire, le développement et la modernisation des entreprises, le développement de l’agriculture, la diversification de l’économie nationale, le développement du commerce, de l’industrie et des PME, la redynamisation du secteur des mines et des hydrocarbures, le développement du tourisme, de la culture et des arts, la lutte contre la pauvreté, l’exclusion et la vulnérabilité ; ce qui, vu l’ampleur de la tâche, donne le tournis.

L’atteinte de ces différents objectifs demande de mobiliser toutes les ressources dont dispose la République et de les utiliser à bon escient. Aussi, Félix Tshisekedi a résolu de mettre en place un contrat-programme entre le gouvernement central et les gouverneurs et vice-gouverneurs des provinces qui permettra au chef de l’État de faire une évaluation trimestrielle de l’action de ces dirigeants, promettant de veiller à la rétrocession aux provinces des moyens conséquents pour arriver à relever le défi du développement. Si cette annonce a crispé certains gouverneurs, suggérant que le contrôle proposé par le président passe par les Assemblées provinciales « pour respecter la procédure », d’autres ont estimé que les gouverneurs de provinces prendront cette fois-ci leur travail au sérieux puisque tout le monde est prévenu. Il faut dire que Félix Tshisekedi les a clairement mis en garde, rappelant avoir déjà suspendu un ministre et quelques mandataires publics pour raison de mauvaise gestion, ce qui signifie que le temps de l’impunité tant décriée est révolu. Les gouverneurs ont aussi adressé des demandes au Président de la République et au gouvernement central mais l’on retiendra qu’avec cet exercice, Félix Tshisekedi est surtout en train de remettre sur le devant de la scène le principe de redevabilité à tous les niveaux de l’Etat, ce qui présage une nouvelle manière de gérer la chose publique et augure des lendemains meilleurs à la RDC si toutes ces belles paroles sont concrétisées. En rappelant aux gouverneurs qu’ils ont été élus pour servir le peuple d’abord et le reste après, le Président de la République insiste sur le fait qu’ils devront tous rendre compte au souverain primaire, avant tout autre engagement que chacun aurait pris avec une autorité morale ou partenaire politique.

      4.   Avec le retour de Moïse Katumbi et la nomination du Premier ministre, une nouvelle page s’écrit en RDC

La date du 20 mai 2019 était déjà attendue parce qu’elle marquait le retour en RDC de Moïse Katumbi, contraint à l’exil depuis 2016, mais personne n’imaginait qu’elle coïnciderait aussi avec la nomination du Premier ministre tant attendu depuis l’avènement de Félix Tshisekedi au pouvoir. Pendant 4 mois, l’opinion nationale et internationale est restée en haleine, scrutant les pourparlers entre le nouveau président congolais et son prédécesseur pour désigner un homme qui rencontre l’assentiment du nouveau régime. Comme M. Tshisekedi tenait à incarner le changement à la tête de la RDC, il n’a pas cédé lorsque l’autorité morale du Front Commun pour le Congo lui a proposé Albert Yuma, le directeur général de la GECAMINES, au poste de Premier ministre ; estimant que ce proche de M. Kabila ne répondait pas au profil recherché. Des organisations de droits de l’homme avaient aussi appelé le Président de la République à ne pas nommer dans son gouvernement des personnes soupçonnées d’avoir participé à des atteintes aux droits de l’homme, ce qui réduisait drastiquement les candidatures possibles. Au bout des discussions qui étaient, on le savait, en cours pour la formation du gouvernement, Joseph Kabila a porté son dévolu sur M. Sylvestre Ilunga Ilunkamba qui était, jusqu’alors, directeur général de la Société Nationale de Chemin de fer du Congo (SNCC). Pas très connu du public, le nouveau Premier ministre est docteur en sciences économiques appliquées. Il connaît les rouages de la politique pour avoir été vice-ministre à l’Economie, à l'Industrie et au Commerce Extérieur (1981-1983), vice-ministre au Plan (1983-1984), vice-ministre au Portefeuille (1984-1986), conseiller principal à la présidence de la République en matière économique et financière (1986-1987), vice-ministre au Plan (1987-1990), ministre du Plan (1990) et ministre des Finances (1990-1991).

Etant en politique depuis plus de 40 ans, la nomination de l’homme de 73 ans a quelque peu déçu ceux qui souhaitaient voir la jeunesse convoler aux destinées du pays ; mais tous s’accordent sur le choix d’un homme qui n’a jamais été épinglé pour avoir trempé dans des dossiers compromettants de mégestion de l’ancien régime de Joseph Kabila. L'Eglise du christ au Congo (ECC), la deuxième plus importante confession religieuse en RDC après l’Eglise catholique, a félicité le Président de la République pour sa sagesse et sa patience dans le processus de nomination du Premier ministre et dit espérer que cet acte ressort d'un consensus politique raisonnable et objectif qui vise l'intérêt supérieur de la Nation. De son côté, Moïse Katumbi a dit ne pas être intéressé par un poste gouvernemental et se positionne dans l’opposition républicaine pour « aider le pays sans entrer au gouvernement…avec un bic rouge pour critiquer et proposer des solutions ». Le nouveau Premier ministre a tenu à remercier l’autorité morale du FCC et s’est engagé à faire fonctionner de manière harmonieuse la coalition FCC – CACH au niveau du gouvernement, affirmant que des discussions se font dans le cadre de cette coalition pour la formation du gouvernement. Il est vrai qu’il était connu d’avance que la primature reviendrait au FCC en raison de sa majorité au parlement mais la répartition des portefeuilles entre les deux parties en coalition reste une énigme. On peut juste s’accorder sur le fait que le plus dur a été fait et espérer que les consultations pour la formation du nouveau gouvernement ne prendront pas 4 autres mois.

      5. Au Burundi, la justice ordonne la saisie des biens d’opposants en exil

A un an des élections générales, la justice a ordonné la saisie des biens immobiliers se trouvant sur le territoire burundais appartenant à des militaires responsables présumés du coup d'Etat manqué de 2015 ainsi qu’une trentaine de personnalités en exil. Parmi elles figurent des journalistes, des activistes de la société civile et opposants politiques tous hostiles au troisième mandat du président Pierre Nkurunziza. L’annonce a été faite le 15 mai 2019, soit 4 ans, jour pour jour, après la tentative de coup d’Etat ; et cela donne l’impression que le pouvoir veut faire passer un message à ses détracteurs : « pas de quartier pour tous ceux qui sont accusés d’avoir collaboré avec les putschistes et d’avoir déstabiliser le pays ». On peut aussi y voir une logique électorale alors qu’une importante partie de l’opposition, qui se trouve en exil, reste active en vue de la présidentielle de 2020. Réunie les 3 et 4 mai derniers à Kampala à l’initiative de l’ONG finlandaise CMI – Peace broker, des représentants de partis d’opposition internes et externes ont échangé sur les futurs échéances électorales et l’avenir du dialogue inter-burundais, au point mort depuis l’échec des discussions d’octobre 2018. Les participants à la réunion ont adressé une lettre au président ougandais Yoweri Museveni, médiateur dans la crise burundaise, pour lui demander d’organiser une nouvelle session de dialogue. En même temps, la principale force d’opposition interne, le Congrès national pour la liberté d’Agathon Rwasa, autorisé en février dernier, continue d’essayer de s’organiser mais il accuse le pouvoir de mener une importante répression à son encontre.

Pour l’avocat Armel Niyongéré, président au Burundi de l’Action des chrétiens pour l’abolition de la torture (ACAT), cette décision de la justice burundaise est illégale parce que ciblant des personnalités qui n’ont pas été jugées et dont les dossiers sont toujours en cours d’instruction. Cette mesure est donc purement politique et elle ignore les principes du droit parce que l’objectif visé est de faire peur à tous ceux qui, peu importe leur camp politique, pourraient être tentés de s’opposer à un nouveau mandat du président Pierre Nkurunziza.

Goma, Raoul Banywesize,

Chercheur/ Pole Institute

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