Comment ça va du 10 au 16 aout 2018

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  1. Réouverture du site minier de Rubaya

Trois mois après la fermeture du site minier de Rubaya situé en territoire de Masisi, le gouverneur Julien Paluku a procédé le 13 août 2018 à la réouverture. Selon ses dires, cela n’a été possible qu’après deux mois d’étude faite par une commission qui devait évaluer le degré d’application de l’accord signé entre la Société Minière de Bisunzu, détentrice des permis d’exploitation, et la COOPERAMA, la coopérative des exploitants artisanaux miniers de Masisi qui travaillent sur le site. Passant de la catégorie « jaune » à « vert », le site a été ouvert alors que l’enregistrement des creuseurs artisanaux s’évalue à 1544 pour l’instant. Il faudrait toutefois qu’aucun militaire n’aie accès au site pour qu’il n’y circule pas d’arme à feu, de peur que la zone ne repasse à « jaune » voire à « rouge ».

Ce nouvel accord a été signé après la résiliation unilatérale par SMB du protocole qui le liait à COOPERAMA. Le nouveau protocole prévoit en son article 1, la relocalisation des creuseurs artisanaux vers des zones d’exploitation artisanale (ZEA) et l’acceptation pour une durée d’une année par SMB, d’exploitants miniers artisanaux, membres de la COOPERAMMA, préalablement identifiés. Conformément à l’article 2 de la convention, la COOPERAMMA devrait pour sa part, vendre à la SMB la totalité de la production extraite des sites du Permis d’Exploitation 4731, au prix convenu après analyse et échantillonnage en tenant compte du prix de référence sur le marché local.

Pour rappel, annuellement, au moins 1 000 tonnes de coltan brut sont produites dans la mine de Bisunzu et exportées vers l’étranger. Actuellement, 1 Kg de coltan de 25 à 75% de teneur est vendu à 35 $USD sur le marché local. Espérons que cela suffise pour calmer la tension entre la population locale majoritairement Hutu et la population Tutsi à laquelle appartient le propriétaire de SMB. Le gouverneur du Nord-Kivu a remercié le ministre national des mines Martin Kabwelulu pour son implication dans la résolution de ce différend, à la base économique, parce que la reprise des activités va redonner du travail à tout ce monde et relancer les activités économiques dans cette zone du Masisi et aux alentours jusqu’à la ville de Goma, qui bénéficie aussi grandement de ses retombées.

         2. L’opposition attendue au tournant après le dépôt des candidatures à la présidentielle

La décision de Joseph Kabila de ne pas se représenter aux élections à venir en a surpris plus d’un. Alors que son long silence sur le sujet laissait croire qu’il allait tenter de se relancer dans la course, il a désigné Emmanuel Shadary comme dauphin et candidat du Front Commun pour le Congo à la présidentielle de décembre 2018. Comme attendu, tous les ténors de cette plateforme politique ont assuré soutenir la candidature de leur candidat ; seul Tryphon Kin-nkiey Mulumba a dérogé à la règle en démissionnant de son parti politique « Kabila désir » et en déposant sa propre candidature à la présidentielle. Tous les autres ont fait des déclarations pour soutenir le choix de l’autorité morale du FCC et certains ont même organisé des manifestations pour préparer leurs bases électorales à ce personnage que l’opposition a rapidement minimisé, annonçant qu’il serait battu à plate couture par leur candidat.

Mais cette opposition a encore du mal à s’organiser puisqu’à l’heure où le président de l’UNC Vital Kamerhe, celui de l’UDPS Felix Tshisekedi et la secrétaire générale du MLC Eve Baibiza ont fait une déclaration commune, appuyés par Freddy Matungulu de Congo na biso, sur leur désir de présenter une candidature unique aux élections, le secrétaire général de la plateforme Ensemble, Delly Sesanga, estime que parler de candidature commune en dehors de l’inclusivité c’est mettre la charrue avant les bœufs. Son président, Moïse Katumbi, a été empêché de rentrer en RDC pour concourir à la présidentielle ; et comme si ça ne suffisait pas, un mandat d’arrêt international a été lancé contre lui le 16 août 2018, comme pour dire « maintenant qu’il n’est plus en mesure de déposer sa candidature, le gouvernement congolais veut s’en remettre à d’autres gouvernements pour l’arrêter alors qu’ils n’ont pas pu le faire eux-mêmes lorsqu’il demandait à entrer en RDC par la frontière avec la Zambie ». Le poste frontalier de Kasumbalesa avait alors été fermé pour que M. Katumbi ne retourne pas dans son pays.

La balle est clairement dans le camp de l’opposition pour qu’au-delà des exigences sur le retrait de la machine à voter, le nettoyage du fichier électoral, la libération des prisonniers politiques, le remplacement du délégué de l’UDPS à la CENI, le retour de Moïse Katumbi en RDC ou encore le rapatriement de la dépouille mortelle d’Etienne Tshisekedi décédé à Bruxelles en février 2017, elle arrive à s’entendre autour d’une candidature unique pour éviter qu’en ordre dispersé, elle donne plus de chance au système de Joseph Kabila de se pérenniser avec l’entrée en lice d’Emmanuel Shadary.

      3. Des chefs d’Etat envisagent une action régionale contre les forces négatives en RDC

Le ministre angolais des Affaires étrangères Manuel Augusto a annoncé, le 10 août 2018, la tenue d’un sommet régional axé sur la RDC, la République Centrafricaine et le Sud-Soudan au quel étaient attendus entre autres le président gabonais Ali Bongo, ougandais Yoweri Museveni, rwandais Paul Kagame, zambien Edgar Lungu et congolais Denis Sassou Nguesso. Entre-temps, des développements intéressants avalent été enregistrés : en RDC, Kabila a désormais désigné Emmanuel Shadary comme dauphin pour concourir à la magistrature suprême au nom du Front Commun pour le Congo alors qu’au Soudan du Sud, Salva Kiir, Riek Machar et l'opposition concluaient, le 12 août 2018, un accord de partage du pouvoir.

Le 14 août 2018, jour du sommet, Joao Manuel Lourenço, président de la République d’Angola et président de l’organe pour la coopération politique, défense et sécurité de la SADC, Denis Sassou Nguesso, président du Congo et président en exercice de la CIRGL et Ali Bongo, président de la République gabonaise et président en exercice de la CEEAC étaient bel et bien présents alors que les présidents congolais (RDC), rwandais et ougandais se sont faits représenter par leurs ministres des affaires étrangères. Mais le communiqué final du sommet a indiqué que « Les chefs d’Etat ont noté avec préoccupation la présence continue des forces négatives des ADF et des FDLR à l’Est de la RDC où ils continuent de faire des victimes civiles et déstabiliser les pays voisins. Les chefs d’Etat lancent par conséquent un appel pour une action régionale contre ces forces négatives ». Et même s’il s’est fait représenter par son ministre des affaires étrangères, les participants à ce sommet se sont félicités de « voir le président Joseph Kabila honorer son engagement à respecter scrupuleusement la constitution au terme de son second mandat ». Ils saluent aussi l’engagement du secrétaire général des Nations unies, M. Antonio Guterres, et le rôle de la MONUSCO pour la stabilité de la RDC conformément aux résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies et réaffirment également leur volonté d’accompagner et de soutenir le peuple de la RDC « en ce moment important de la consolidation du processus démocratique ».

Il est vrai que la présence continue des forces négatives dans l’Est de la RDC reste un facteur déstabilisant pour les pays voisins mais c’est, avant tout, la population congolaise qui en paie le prix lourd après plusieurs années de massacres, viols et autres violations des droits de l’homme. Une réponse régionale a déjà été tentée par le passé, le Rwanda ayant envoyé son armée traquer les FDLR sur le sol congolais pendant que l’Ouganda faisait de même avec les ADF dans sa zone frontalière, les deux actions demeurant sans succès.

Cette nouvelle implication régionale pourrait donc rencontrer le scepticisme des populations autochtones meurtries qui sont hostiles à la présence des forces étrangères sur leurs terres, gardant probablement en mémoire la période de rébellion à l’Est du pays où toute cette zone était contrôlée par le Rassemblement Congolais pour la Démocratie et pendant laquelle ce mouvement politico-militaire n’avait pas mis fin à toutes ces milices armées. La solution viendra-t-elle réellement d’une nouvelle implication des forces étrangères quand même les forces onusiennes présentes en RDC depuis près de 20 ans n’ont pas pu y mettre fin ?

 

Goma, Raoul Banywesize,

Chercheur/ Pole Institute

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