Comment ça va du 06 au 12 juillet 2018

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  1. Les controverses continuent sur la machine à voter et le nettoyage du fichier électoral mais le président de la CENI ne bronche pas

La question de l’utilisation de la machine à voter a été au centre des débats lors des travaux de la tripartite CENI-CNSA-Gouvernement le 11 juillet 2018. A ce sujet, le patron de la Commission électorale nationale indépendante est formel : « sans machine à voter…pas d’élections en 2018 » ! Corneille Nangaa a mis la classe politique devant un dilemme : soit elle accepte la machine à voter et les élections se tiennent dans le délai, à savoir le 23 décembre 2018 ; soit elle la rejette et les élections sont renvoyées à plus tard. A en croire le président de la CENI, « loin de favoriser la tricherie, la machine à voter contribue par contre à l’accroissement de la transparence du vote et des opérations y relatives, et participe, de ce fait, à la consolidation de la démocratie ». Dans son exposé, le président de la CENI a appelé à la dépolitisation du débat sur la machine à voter, qui va faciliter l’organisation de trois scrutins en une seule journée, et dit s’étonner de l’hostilité qu’une frange de l’opposition entretient, au nom de la population, contre l’usage de cette machine aux élections à venir. Pendant ce temps, le Collectif de Jeunes Katumbistes (COJEKA), des jeunes de Lubumbashi, dit avoir déjà recueilli 20 000 signatures pour une pétition contre l’usage de la machine à voter aux élections du 23 décembre prochain, l’objectif étant de récolter 1 million de signatures avant le mois de décembre 2018.

Par ailleurs, Corneille Naanga a aussi déclaré que les 16,6% d’électeurs enrôlés sans empreintes digitales ne peuvent faire l’objet d’aucune radiation dans le fichier électoral puisque ces électeurs ont été préalablement identifiés sur base des pièces d’identité probantes et des photographies consignées dans la base de données. Il estime que la question des 16,6% d’électeurs enrôlés sans empreintes digitales procède d’une récupération politique, ce qui va à l’encontre des recommandations du rapport final de l’audit du fichier électoral effectué par l’OIF. D’après M. Naanga, cette disposition a été introduite dans les mesures d’application de la loi d’identification et d’enrôlement des électeurs, afin de permettre aux électeurs sans mains, avec doigts amputés ou blessés ou encore avec des empreintes illisibles de s’enrôler. De là à se demander si le 1/6è des électeurs congolais pourrait se retrouver dans cette catégorie, nous ne sommes pas au bout de nos surprises. Plusieurs partis de l’opposition demandent la radiation de ces 16,6% et le recours au billet de vote classique sous peine de remettre en cause la crédibilité du scrutin. Le regroupement politique Union pour le Changement – Le Peuple d’Abord « UCPA », cher à Valentin Mubake, ancien collaborateur de feu Étienne Tshisekedi, a même décidé de boycotter le processus électoral dans sa forme actuelle, estimant qu’il y a une volonté évidente d’imposer au peuple congolais le choix entre une alternance truquée et pas d’alternance du tout et que les deux possibilités ne font en réalité qu’une ; finissant en disant qu’il n’y a rien de rassurant dans le chemin du pacte avec la tricherie.

C’est dans ce climat tendu que Yves Mpunga, candidat déclaré à l’élection présidentielle, suggère à la CENI, au gouvernement et à la classe politique que toutes les machines à voter soient mises en réseau et reliées à plusieurs serveurs, estimant que cette technique permettrait d'obtenir une transparence dans le processus de transmission des données. « Si nous allons aux élections avec cette machine telle qu’elle est, nous dirons que nous n’allons pas aux élections. Mais son perfectionnement permettra de le rendre crédible et fiable. », a affirmé Yves Mpunga, qui dit s’exprimer en tant qu’économiste et expert en Nouvelles technologies. Pas facile toutefois d’imaginer qu’il soit entendu, quand le rythme de décaissement des fonds alloués à la CENI risquerait à lui seul de retarder la tenue des élections. L’installation d’un réseau qui permettrait d’avoir les résultats en temps réel coûterait 20 millions USD. Qui pourrait cautionner une telle dépense non prévue à quelques mois des scrutins ?

Le Comité Laïc de Coordination s’en mêle

Si la machine à voter est maintenue, si le fichier électoral est maintenu tel quel, si le président Kabila se représente, le Comité laïc de Coordination, un collectif des laïcs catholiques, annonce des nouvelles manifestations actions les 12, 13 et 14 août prochain, juste après la clôture des candidatures à la présidentielle. Kajepa Molobi, une plume de la Majorité présidentielle, lance un sévère avertissement au CLC : « La sagesse la plus élémentaire nous apprend que l’on peut savoir qui, quand et comment commence une guerre, mais personne ne sait ni quand, ni comment et ni à quel prix elle se termine. La paix chèrement acquise mérite qu’on la préserve. » Faut-il s’attendre à une passe d’armes entre le CLC et le Front commun pour le Congo ? Faut-il craindre une nouvelle escalade de violence dans les rues de Kinshasa et par extension dans tout le pays ?

     2.  Un mois après l’acquittement de Jean-Pierre Bemba, le MLC tient un congrès sur le processus électoral en RDC

Le parti politique de Jean-Pierre Bemba, le Mouvement de libération du Congo qui totalise 20 ans cette année, a ouvert ce jeudi 12 juillet 2018 les travaux de son 3è congrès à Kinshasa, à cinq mois de la présidentielle du 23 décembre, où l’ancien vice-président acquitté par la CPI, est déjà vu comme candidat naturel par ses partisans. Contrairement à 2011, le MLC va présenter un candidat à la présidentielle et ça pourrait être Jean-Pierre Bemba. Dans son discours d’ouverture de ces assises prévues pour deux jours, la secrétaire générale du MLC, Eve Bazaiba, a déclaré que le processus électoral en République démocratique du Congo serait le principal point à l'ordre du jour. Sans les nommer, Mme Bazaiba s'en est prise aux prophètes des malheurs qui ont conspiré toute forme de stratégies pour couler le MLC avec son leader. « Aujourd'hui, le MLC demeure bien debout sur ses deux pieds, avec fermeté et assurance pour la conquête effective du pouvoir de manière démocratique », a-t-elle déclaré sous les acclamations et cris de joie des sympathisants de son parti.

Condamné en première instance en 2008 à 18 ans de prison par la Cour pénale internationale (CPI) pour les meurtres, viols et pillages commis en Centrafrique par sa milice entre octobre 2002 et mars 2003, Jean-Pierre Bemba a été acquitté le 8 juin 2018 en appel à la surprise générale après 10 ans de détention. En attendant une décision finale sur sa peine dans une autre affaire de subornation des témoins, M. Bemba vit, en liberté provisoire, en Belgique mais son retour s’annonce incessamment en RDC. Des chansons à sa gloire, entrecoupées de slogans sur sa « congolité », ont été entonnées pendant le congrès du MLC : « Bemba, fils du pays », « Il revient, ce fils du Congo, Bemba est en route. »

Eve Baibiza a critiqué sévèrement le bilan de 17 ans de pouvoir de Joseph Kabila qu’elle a qualifié de « défaillant », dénonçant une situation de « non Etat où tout est à recommencer ». Plusieurs acteurs politiques de l’opposition et de la Majorité présidentielle étaient présents à l’ouverture de ces assises. Pour ne citer qu’eux, Emmanuel Ramazani Shadary, secrétaire permanent du Parti du Peuple pour la Reconstruction et la Démocratie (PPRD), Félix Tshisekedi, président de l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS), Vital Kamerhe, président de l’Union pour la Nation Congolaise (UNC), et Delly Sesanga, secrétaire général de la plateforme Ensemble de Moïse Katumbi, étaient parmi les invités. Emmanuel Shadary, vice premier ministre, a estimé que cette attaque contre les dirigeants congolais était tout à fait normale pour un parti d’opposition. Pour les élections, il a ajouté « nous savons que nous allons gagner à tous les niveaux et notre candidat à la présidentielle sera élu ». De leur côté, les autres opposants ont affirmé travailler pour une unité d’actions. Le président de l’UNC, Vital Kamerhe a déclaré : « Notre présence ici est un acte concret de notre volonté de nous unir pour présenter un candidat commun de l’opposition à la présidentielle ». Autant dire que face au Front commun pour le Congo, une plateforme politique et électorale qui regroupe la plupart des opposants membres du gouvernement et les sociétaires de la majorité ayant tous résolu de soutenir le candidat que Joseph Kabila, leur autorité morale, désignera à la présidentielle, seule une opposition soudée pourrait avoir une chance de l’emporter.

      3.  Découverte des tracts inquiétants à l’université du Burundi

Dans la matinée du lundi 9 juillet 2018, on pouvait lire sur des tracts ramassés au campus Mutanga : « Vous les irréductibles, vous êtes nombreux ici à l’Université du Burundi. Cependant, le rouleau compresseur ne vous épargnera pas. Nous avons conquis le pouvoir et nous ne sommes pas prêts à lâcher prise. Nous allons vous contraindre à rentrer dans le rang. Vous l’avez vous-mêmes remarqué. Celui qui ne veut pas adhérer à notre idéologie n’a pas sa place ici. Après avoir arraché les molaires, nous mettons en garde les canines ». Un des étudiants rencontrés dans cette résidence universitaire a fait savoir sous anonymat que ces tracts ont été retrouvés dans différents endroits du campus et aussi en face des auditoires. Un autre étudiant estime que les auteurs seraient des disciples du parti au pouvoir : « Ils veulent peut-être intimider les autres afin qu’ils adhèrent de force au parti Cndd-Fdd ». Du coup, les étudiants résidant au campus Mutanga craignent pour leur sécurité. Ils pensent que ces tracts ont un rapport avec l’arrestation de deux étudiants, il y a quelques jours, et demandent aux responsables de la Régie des œuvres universitaires de garantir la sécurité dans ce campus. Pour sa part, le chargé de la sécurité à l’Université du Burundi, indique qu’il ne peut pas s’exprimer sans l’autorisation du directeur de la Régie des œuvres universitaires dont il est l’adjoint, et confie que ce dernier n’est pas disponible pour le moment.

Après les accusations de la commission d’enquête de l’ONU sur le Burundi, estimant que la ligue des jeunes du parti au pouvoir, les Imbonerakure, est en grande partie responsable des exactions commises durant la récente campagne pour le référendum constitutionnel, il est à craindre qu’ils transmettent leur hargne à d’autres citoyens, dans une université ou à plusieurs établissements académiques. La situation déjà très tendue deviendrait alors intenable puisqu’on se retrouvera face à une bataille rangée des deux groupes d’étudiants avant que la milice du parti au pouvoir ne s’invite, éventuellement, dans la danse. Si, selon Lucy Asuagbor, membre de la commission d’enquête de l’ONU sur le Burundi, les Imbonerakure agissent avec la complicité et/ou l’aval d’agents étatiques, ou encore de leur propre initiative sans être inquiétés, ils mèneraient également des opérations de police hors du cadre prévu par la loi et procèdent à des campagnes de recrutement forcées au sein du parti au pouvoir, ou dans leurs rangs, ces campagnes donnant lieu souvent à des actes de torture ou des mauvais traitements. Et même si Renovat Tabu, ambassadeur burundais auprès de l’ONU a rejeté les accusations, en se réservant le droit de traduire en justice tout diffamateur, fut-il un membre ou non de cette commission, le représentant permanent du Burundi à Genève a aussi fait savoir que son pays est aujourd’hui paisible avec un peuple uni et attelé au développement. Tout compte fait, au-delà des affirmations politiciennes, la réalité est telle que des menaces analogues à celles des Imbonerakure frappent maintenant à la porte des universités. On n’est donc pas encore sorti de l’auberge, des nouveaux troubles pointent à l’horizon.

 

Goma, Raoul Banywesize,

Chercheur/ Pole Institute

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