Comment ça va du 04 au 10 mai 2018

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  1. Pétition pour l’unité de la province du Nord-Kivu

L’organisation non gouvernementale « Agence Francophone des Ecolos » a initié une pétition pour réclamer le découpage territorial du Nord-Kivu, qu’elle présente comme remède aux conflits intercommunautaires récurrents enregistrés ces dernières années dans la province du Nord-Kivu.  C’est en réponse à cette requête que le 5 mai 2018 a débuté à Goma la récolte des signatures de la pétition de l’unité de la même province. Elle a été initiée par la coordination provinciale de la société civile du Nord-Kivu. Ce lancement se passe concomitamment dans les territoires et villes de Nyiragongo, Rutshuru, Lubero, Butembo, Beni, Masisi et Walikale. Certaines opinions soutiennent que ce projet de scission du Nord Kivu vise en réalité l’annexion du Nord Kivu au Rwanda. C’est pourquoi la société civile du Nord Kivu lance un message à tous les congolais d’autres provinces et de la diaspora de soutenir cette initiative en signant cette pétition en termes de solidarité. « Si chaque tribu de la RDC exige sa province, nous serons dans quelle république ? Cela nous poussera à modifier la Constitution et par ricochet reporter les élections chose que nous ne pouvons pas accepter », se demande une notabilité de la ville de Goma. Les raisons avancées pour justifier ce morcellement du Nord-Kivu qui est parmi les plus touchées par les conflits, évoquent la nécessité et le souci de faire bénéficier à ses habitants plus de sécurité, la finalité étant que la RDC, aux diversités ethniques multiples, soit administrée de façon optimale. Toutefois, cette subdivision ne sera pas sans conséquence puisque cette nouvelle configuration repose sur des critères purement ethniques. Et au lieu de mettre fin aux conflits communautaires enregistrés dans la province, elle ne fera que détruire la cohabitation pacifique visiblement fragile entre les communautés qui y vivent ; en d’autres termes, fouler aux pieds le travail de plusieurs années des différents acteurs, dont le programme régional, qui se sont impliqués dans la consolidation de la paix dans la région. Et pendant qu’on y est, si le découpage territorial du Nord Kivu ne profite qu’aux seules communautés Nande et Hutu, quel sera le sort des autres communautés vivant dans la même province ?

    2. Manifestation des creuseurs artisanaux munis d’armes à feu à Rubaya

Dans une lettre adressée à la Commission nationale de lutte contre la fraude minière (CNLFM), la Société Minière de Bisunzu a annoncé la suspension du protocole d’accord qui la lie à la COOPERAMA depuis 2013. Elle reproche à la Coopérative d’entretenir l’insécurité et la fraude minière sur le site. Des creuseurs artisanaux, regroupés au sein de la coopérative minière COOPERAMMA, ont manifesté le 7 mai 2018 à Rubaya, en territoire de Masisi contre cette décision de suspendre l’exploitation du coltan sur les sites dont elle détient les permis d’exploitation. La SMB dit avoir constaté une baisse drastique de la production mensuelle du coltan, qui est passé d’environ 150 à 50 tonnes. C’est pourquoi elle soupçonne la COOPERAMA d’en détourner une partie. D’après l’administratrice adjointe du territoire de Masisi, les creuseurs ont commis des dérapages en marge de leur manifestation, plusieurs boutiques ayant été pillées. Les manifestants, dont certains étaient munis d’armes à feu, ont également barricadé la route Goma-Masisi, bloquant ainsi la circulation. Ces creuseurs dépendent totalement de cette activité minière qui constitue leur seule source de revenu. Toutefois les creuseurs de Rubaya se sont aussi révoltés contre l’insolvabilité de la SMB puisqu’ils condamnent le traitement inhumain dont ils font l’objet dans leur partenariat. La SMB appartenant à M. Edouard Mwangachuchu Hizi, député national Tutsi alors que la COOPERAMA est présidée par M. Robert Seninga Habinshuti, député provincial Hutu, tous les deux élus du territoire de Masisi, le risque de tomber dans un conflit ethnique est à craindre. Selon plusieurs témoignages, certains manifestants étaient en possession d’armes blanches et d’armes à feu, ce qui pourrait donner une dimension extrêmement dramatique en cas d’escalade. Il est donc urgent de trouver une solution à ce malentendu puisque les creuseurs artisanaux et tous leurs dépendants vivent dans cette zone minière. Ils sont en capacité de rendre la vie dure et toute activité impossible au personnel de SMB qui travaille dans la zone. Quant à la Commission nationale de lutte contre la fraude minière, elle dit craindre que cette décision ne ravive les tensions au sein des communautés de Rubaya. Un dialogue franc et consensuel est donc souhaitable le plus vite possible.

         3.  Le Patriarche Antoine Gizenga de retour à Kinshasa, et après ?

Après près d’un mois d’hospitalisation en Belgique, Antoie Gizenga, 92 ans, est rentré discrètement en RDC, « en bonne santé », selon ses proches. Son tout nouveau Secrétaire Général, Sylvain Ngabu, a même précisé que le vieux leader lumumbiste « parle », comme pour démentir les rumeurs qui le donnaient tantôt mourant, tantôt carrément mort.

Malgré son âge très avancé, l’ancien vice-Premier Ministre de Patrice Lumumba à l’accession de la RDC à l’indépendance en 1960 continue à jouer un rôle dans le jeu politique congolais. Lors des premières élections de l’ère Kabila en 2006, le natif de Bandundu arrache la troisième place à la présidentielle et devient le « faiseur des rois ». A la suite d’une alliance avec Joseph Kabila au second tour, il est nommé Premier Ministre. Trois ans plus tard, il cède son fauteuil à un de ses proches –membre de son parti, le PALU–, Adolphe Muzito. A la suite des élections de 2011, la Constitution est modifiée par la Majorité au pouvoir et fait passer le mode de scrutin à un seul tour. Le PALU reste membre de la MP mais il n’a plus la même influence, jusqu’en cette période d’incertitude où les enjeux du remplacement de Kabila au pouvoir sont remis sur la table. Le PALU évoque un accord d’alternance avec le PPRD (le arti présidentiel) et réclame un retour d’ascenseur en faveur de son candidat à la présidentielle, qui ne serait personne d’autre que le nonagénaire Gizenga !

Son départ pour les soins en Belgique avait éloigné la perspective de ce deal qui serait extrêmement préjudiciable à la RDC ; son retour va-t-il le relancer ? Les jeunes loups de l’entourage de Gizenga, dont Adolphe Muzito et son propre fils Lugi Gizenga, ont été éjectés du parti pour avoir envisagé un scénario avec Muzito dans les habits du présidentiable PALU.  La carte Gizenga ne serait pas vue d’un mauvais œil par Joseph Kabila qui lui céderait le fauteuil alors que lui attendrait tranquillement à la présidence du Sénat, avant de revenir à la présidence de la République « en cas d’empêchement du Chef de l’Etat » comme le stipule la Constitution, un empêchement qui ne tarderait pas à arriver, vus l’âge et l’état de santé de Gizenga.

  1. Après l’Eglise catholique, l’Union Européenne fustige aussi le processus de révision de la constitution burundaise

La Conférence des évêques catholiques du Burundi a jugé que ce n'était pas le bon moment pour amender en profondeur le texte fondateur du pays. Elle estime que ce projet de révision n'a pas tenu compte de l'article 299 de la Constitution actuelle car il ne vient pas unir les Burundais. Comme l’explique le président de cette conférence, Mgr Joachin Ntahondereye, cet article stipule principalement qu'aucune procédure de révision ne peut être retenue si elle porte atteinte à l'unité nationale, à la cohésion du peuple burundais ou à la réconciliation. A la place, le travail qui a été fait et le projet de Constitution qui en est issu semble avoir exacerbé les désaccords. Mais comme le vote a le dernier mot sur les questions démocratiques, la conférence des évêques catholiques du Burundi n’a d’autre vœu que de voir le référendum se faire dans la paix et la liberté afin que les Burundais votent sans pression pour le OUI ou le NON. Tout ceci rappelle l’engagement de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) où cette organisation de l’Eglise catholique avait organisé un dialogue inclusif destiné à éviter une crise politique majeure en RDC, suite au refus de Joseph Kabila de quitter le pouvoir au terme prévu par la Constitution, c’est-à-dire en décembre 2016. Et même si plusieurs points restent en désaccord, on salue le courage et la détermination de cette église qui, consciente de ses capacités, s’invite souvent dans le débat pour baisser la tension.

De son côté, l'Union Européenne se dit vivement préoccupée par la situation des droits humains et le manque d'information officielle publique sur les éléments clé du projet de Constitution. La cheffe de la diplomatie européenne, a critiqué une campagne électorale menée dans un climat d’intimidation et de répression, et marquée par la persistance d’exécutions extrajudiciaires et d’arrestations arbitraires, citant par exemple le cas de Germain Rukuki, activiste condamné à 32 ans de prison le 26 avril dernier. Le projet de Constitution révisé, qui n'avait pas encore été rendu public comme l'exigeaient la société civile et l’opposition, a finalement été publié le 8 mai 2018 sur le site officiel de la Commission électorale. Pour l’opposition burundaise, comme pour l’Union Européenne, cette nouvelle Constitution met en péril l’accord d’Arusha signé en 2000 et dont l’Union Européenne est un des garants. Cet accord, compromis politique historique, avait mis fin à plusieurs années de guerre civile au Burundi. C’est pourquoi Federica Mogherini appelle les autorités burundaises à respecter « l'esprit et la lettre » d'un texte qui a permis notamment à l'ex-rébellion, aujourd'hui aux affaires, d'accéder au pouvoir pacifiquement. Mais lorsqu’on se rappelle qu’il y a deux ans, même la suspension de l'aide budgétaire apporté par l'UE au Burundi n’avait pas fait ciller le régime en place, il y a peu de chance que la cheffe de la diplomatie européenne soit entendue par un régime que ses détracteurs qualifient de jusqu'au-boutiste. Et puisque les membres de l’opposition qui faisaient campagne pour le NON étaient déjà brutalisés par les forces de l’ordre, il est peu probable que le gouvernement tolère cela à une semaine du vote.

      4. Suspension des émissions de deux médias internationaux au Burundi

Les radios BBC et Voice Of Africa ayant été suspendues pour six mois à compter du 7 mai 2018 citant des « manquements à la loi régissant la presse et à la déontologie professionnelle » et une couverture mensongère de l’actualité. Après la destruction des principales radios privées en 2015, si les Burundais souhaitaient entendre dans la langue locale le point de vue des représentants de l'opposition ou de la société en exil, il n'y avait guère que sur la BBC et la VOA qu'ils pouvaient encore le faire. Et lorsque ces suspensions coïncident avec l’ouverture de la campagne pour le référendum constitutionnel, tout porte à croire que les autorités ont choisi d’entrer en campagne en privant les Burundais d’une grande partie des informations libres et indépendantes qui étaient encore produites en évitant tout débat critique sur la tenue de ce référendum. L’on se rappellera qu’à l’issue de la tentative de putsch manquée contre le président Pierre Nkurunziza le 13 mai 2015, la répression est devenue totale sur tous les médias indépendants du pays qui ont été quasiment détruits et les journalistes, menacés de mort, vivent désormais pour la plupart dans la clandestinité. Maintenant, aucune radio libre, aucun de ces médias indépendants ne fonctionne à part la radio-télévision nationale que contrôle le pouvoir de Bujumbura. Les ruines des radios détruites sont gardées par des policiers armés, et prêts à en découdre avec le premier des journalistes qui s’y présenterait.

 

Goma, Raoul Banywesize,

Chercheur/ Pole Institute

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