Comment ça va 25 janvier au 14 fevrier

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  1. Insécurité à Goma et Sake : la justice populaire pour pallier aux insuffisances des forces de sécurité

Les habitants du quartier Kyeshero, situé à l’ouest de la ville de Goma, déplorent la recrudescence de l’insécurité dans ce quartier et dénoncent le manque de professionnalisme de certains policiers qui y sont affectés. Le 6 février 2019, après que des jeunes ont mis la main sur l’un des bandits impliqués dans un vol à main armée qu’ils voulaient brûler vif, des éléments de la police de proximité sont intervenus pour lui épargner ce supplice. Malencontreusement, l’un d’eux a tiré sur la foule et une jeune fille, touchée à la tête, est morte sur-le-champ. Pris de colère, les jeunes ont incendié le bureau de la police du quartier Kyeshero mais le feu s’est répandu à d’autres maisons qui ont été réduites en cendres. La population accuse fréquemment les agents de l’ordre d’extorquer de l’argent ou des biens de valeur aux passants à la tombée de la nuit, au lieu d’assurer leur sécurité. Et puisqu’ils sont inefficaces, ces jeunes ont préféré brûler les locaux de la police pour lancer un signal fort aux autorités compétentes pour qu’elles remplacent ces agents de l’ordre qui font tout le contraire de leur devoir. Pour le porte-parole de la Police nationale congolaise, une directive opérationnelle a été prise pour interdire l’usage des armes létales au sein de la police, assurant que tout contrevenant devrait répondre devant les autorités compétentes. Mais pour s’assurer de bons fruits, il faudra, sans nul doute, recycler tous les agents de police qui auraient échappé à ce cursus et sanctionner sévèrement tous les récalcitrants.

Non loin de là, à une vingtaine de kilomètres de Goma, la cité de Sake, située dans le territoire de Masisi, est aussi confrontée depuis plusieurs mois, à une recrudescence de l’insécurité qui, à ce jour, a causé le meurtre et/ou le kidnapping de plusieurs habitants. Dans ce dernier cas, les personnes enlevées étaient relâchées en contre partie du paiement d’une rançon par leurs proches. Ceux n’étant pas en mesure de satisfaire les demandes des ravisseurs retrouvaient les dépouilles des leurs dans la nature. Mais face à l’incapacité des forces de l’ordre d’y trouver une solution, la population civile s’est impliquée pour mettre la main sur plusieurs bandits qui ont été arrêtés et remis à la police. Ceux qui ont le malheur d’être relâchés peu de temps après et attrapés par la population sont carrément lynchés et parfois brûlés vifs. Si le secrétaire de la société civile du Nord Kivu pense que ces attaques sont l’œuvre des groupes armés présents dans le territoire de Masisi, le porte-parole de la 34è région militaire estime, pour sa part, qu’il s’agit des jeunes gens de la place qui se seraient associés à des criminels non encore identifiés. D’où l’appel leur lancé pour se désolidariser de tout mouvement de rébellion. Dans la foulée, les officiers chargés de l’éducation civique et du service de communication de la 34è région militaire, ont organisé un dialogue avec les populations de Sake le 5 février 2019 dans le but de restaurer la confiance entre l’armée et les civils. Les acteurs de la société civile de Sake, les autorités coutumières locales et les membres de la cellule locale de pacification ont dénombré plusieurs facteurs qui sont à la base de la méfiance entre l’armée et les civils : la présence d’hommes armés opérant en tenue militaire dans la cité, l’impunité dont bénéficient les bandits armés, la circulation illégale d’armes, les barrières illégales érigées par les militaires ou encore les arrestations arbitraires. Il est vrai que peu importe le type d’assaillants qui s’en prend à la cité de Sake, les forces de l’ordre ne pourraient pas s’en défaire sans collaborer avec la population civile. La sécurité à Sake est une affaire de tous.

    2.   La société civile du Nord Kivu s’implique dans la lutte contre Ebola

La société civile du Nord-Kivu prend de plus en plus conscience de sa responsabilité dans la lutte contre l’épidémie Ebola. Le 1er février 2019, elle a appelé la population de la zone de santé de Katwa dans la ville de Butembo, considérée ces derniers jours comme foyer de l’épidémie, à collaborer avec les équipes de riposte contre l’épidémie. Pour le premier vice-président de cette structure, le refus de collaboration par la population peut avoir des conséquences dramatiques difficilement maîtrisables. De son côté, le consortium des leaders religieux de Beni a déployé une centaine d’hommes d’église dans six aires de santé de la région pour sensibiliser la population à collaborer avec les équipes de riposte contre l’épidémie. L’objectif visé ici est d’éviter la réticence de la population face aux équipes de riposte pour arriver à zéro cas d’Ebola dans la ville de Beni d’ici le mois d’avril prochain. Dans le territoire voisin de l’Ituri, plus de 300 chefs d’établissements primaires et secondaires de la sous-division de l’EPSP/Bunia, ont aussi été sensibilisés, au courant du mois de janvier 2019, pour faire face à la mauvaise conception de la population sur la maladie à virus Ebola.

Six mois après le début de l’épidémie, la directrice du Bureau régional de l’Afrique de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a déclaré que les efforts pour enrayer la propagation du virus sont encourageants parce qu’en dehors de la mise en place des mesures de santé publique et de la recherche des contacts des personnes contaminées, un engagement plus étroit avec les communautés, en particulier les femmes et les groupes religieux, a permis d’éviter la méfiance et la suspicion des communautés locales. Il est donc très important que les leaders communautaires locaux continuent de s’engager, à tous les niveaux, pour faire comprendre à la population que le virus Ebola est bien réel et qu’ils y sont tous exposés s’ils ne collaborent pas avec les équipes de riposte contre cette maladie. C’est la meilleure façon de freiner le développement de l’épidémie vers de nouvelles zones.

      3.  Première tournée régionale de Felix Tshisekedi

Le nouveau président de la République démocratique du Congo, Félix Tshisekedi, a entamé le 5 février 2019 une tournée qui l’a emmené en Angola, au Kenya et au Congo-Brazzaville avant de chuter à Addis Abeba où se tenait le 10 et 11 février le 34è sommet de l’Union Africaine. Supposé en froid avec l’organisation panafricaine qui avait demandé le recomptage des voix après l’annonce de son élection à l’issue de la présidentielle du 30 décembre 2018 par la CENI, Felix Tshisekedi n’avait eu droit qu’à la présence d’un seul chef d’Etat, le président kenyan, lors de sa prestation de serment. C’est donc naturellement que la tournée passait par le Kenya, dont le président avait directement félicité le nouveau président congolais avant de faire le déplacement de Kinshasa. Les présidents de l’Angola et du Congo Brazzaville, par contre, font partie de ceux qui ont traîné le pas avant d’admettre la victoire de Felix Tshisekedi. Pour autant, la RDC partage tellement avec ces deux pays qu’il aurait été insensé de faire une tournée régionale sans penser aux deux voisins.

D’abord l’Angola où Félix Tshisekedi a reconnu quelques imperfections et irrégularités au cours du processus électoral, mais il a surtout vanté l'alternance pacifique opérée dans son pays. Il a aussi défendu la légalité de son pouvoir puisque Martin Fayulu, arrivé deuxième à la présidentielle, revendique toujours la victoire mais n’est jamais arrivé à le prouver. Felix Tshisekedi dit préférer le principe de la continuité de l’Etat pour l'avenir des Congolais plutôt que le règlement des comptes. Il semble donc prêt à partager le pouvoir avec le camp de son prédécesseur, qui a remporté la majorité des sièges à l’Assemblée nationale. Plusieurs ministres du régime de Joseph Kabila, dont l’ancien ministre des Affaires étrangères et celui de la Défense, faisaient d’ailleurs partie de la délégation qui l’accompagnait dans cette tournée. Les deux chefs d'Etat ont promis de mener à bien les projets déjà en cours, mais aussi d'en porter de nouveaux. João Lourenço a notamment plaidé pour des accords dans les domaines de la sécurité et de l'ordre public et pour une réorganisation des échanges commerciaux. Il mise aussi sur la complémentarité entre les deux pays dans le domaine économique, estimant que qu’ils auraient tous les deux à gagner dans des investissements réciproques, dans le secteur minier notamment. Le potentiel hydroélectrique du grand voisin est un atout considérable sur lequel l’Angola voudrait compter pour alimenter une partie de son territoire. De son côté, Félix Tshisekedi s'est dit ouvert à une collaboration dans tous les domaines, mais puisque des expulsions des congolais vivant en Angola se faisaient en même temps qu’on lui déroulait le tapis à Luanda, il a souhaité que les expulsions à venir se fassent dans des conditions humaines et demandé que ses services d'immigration soient prévenus avant toute nouvelle vague de retournés.

La visite du Kenya a été une façon symbolique pour Felix Tshisekedi de remercier ce pays pour son soutien. Souvenons-nous, c’est en novembre 2018, à Nairobi, que Cap pour le changement, la plateforme électorale qui l’a porté au pouvoir, avait vu le jour après son alliance avec Vital Kamerhe. Quelques jours après la proclamation des résultats controversés, le président Uhuru Kenyatta et son principal opposant Raïla Odinga avaient été parmi les rares à féliciter officiellement le nouvel homme fort de la RDC. Les deux personnalités assisteront aussi à son investiture à Kinshasa. Ce soutien semble donc avoir touché le président congolais au point de vouloir les rencontrer tous deux à Nairobi. Il profitera de son passage dans ce pays pour annoncer que la RDC était disposée à rejoindre l’East African Community qui regroupe le Burundi, le Kenya, l’Ouganda, le Rwanda, le Soudan du Sud et la Tanzanie. Pour le président congolais, intégrer ce regroupement va permettre à la RDC de renforcer ses liens économiques avec les autres pays de cette partie du continent, surtout que la grande partie des commerçants de l’Est de la RDC s’approvisionnent de l’extérieur du continent en passant par les ports de Mombasa (Kenya) et Dar Es Salam (Tanzanie).

L’étape du Congo Brazzaville fut tout aussi significative vu les relations qu’entretiennent les deux pays, leurs positions géographiques (Kinshasa et Brazzaville sont les deux capitales les plus proches du monde) et leur histoire commune. C’était également une étape cruciale de la tournée de Félix Tshisekedi, d’autant plus que le président Dénis Sassou Nguesso s’est investi comme médiateur lors de la période électorale en RDC, en plus d’être le président en exercice de la CIRGL (Conférence internationale sur la région des Grands Lacs). De son séjour dans la ville jumelle de Kinshasa, on retiendra aussi sa rencontre, le 8 février 2019, avec la diaspora congolaise vivant de l’autre côté du fleuve. Le président congolais a évoqué plusieurs sujets concernant son programme de gouvernance, notamment le volet éducation pour lequel il a promis de lutter contre la corruption afin de mieux financer son action : « Il y a environ 20 milliards de dollars de perte à cause de la corruption. Nous devons la combattre pour trouver les moyens de financer nos politiques, notamment celle de l’éducation. L’école doit être obligatoire et gratuite… D’ici septembre, nous allons mettre en place des mesures pour supprimer la prime des parents… Vous avez le droit d’avoir l’espoir et de vous réjouir. Notre politique est basée sur l’amour du Congo ». Cette prime, payée par les parents, a été instaurée dans les écoles publiques au début des années 90. Elle vise à suppléer les frais de fonctionnement des écoles et les salaires modiques que l’Etat verse aux enseignants.

Il y a effectivement de quoi espérer mais pas encore assez pour se réjouir, parce que renverser la tendance ne se fait pas en un claquement des doigts. Et puisque nous ne sommes plus à l’heure de la campagne électorale, le président congolais serait peut-être simplement en train de faire de la communication pour rassembler les congolais autour de lui. Les défis du Congo sont connus de tous, Felix Tshisekedi pourrait donc s’en servir pour rassembler et insuffler une nouvelle dynamique dans son pays. Il est vrai que c’est ensemble, avec les congolais de l’étranger, que nous bâtirons le Congo. Ce pays aux multiples potentialités mal exploitées, lorsqu’elles ne sont pas inexploitées, a besoin d’un vent nouveau pour assurer son rang sur l’échiquier international. Le chantier est certes immense pour le nouveau président qui doit, à coup de nouvelles politiques d’ouverture, rétablir la confiance des congolais et de tous les partenaires étrangers du pays ; mais si l’homme se forge par la peine, alors le travail ne fait que commencer. La population congolaise attend beaucoup du successeur de Joseph Kabila.

Lors du 34e sommet de l’Union africaine (UA) les 10 et 11 février à Addis-Abeba, Felix Tshisekedi a été bien accueilli par ses pairs avec qui il a eu des échanges constructifs, comme si on avait passé l’éponge sur la période pendant laquelle cette institution panafricaine avait émis des doutes sur sa victoire à l’élection présidentielle avant de demander à la Cour constitutionnelle de ne pas publier les résultats définitifs qui allaient consacrer Felix Tshisekedi président de la RDC. La real politik semble donc l’avoir emporté puisqu’il sera même élu deuxième vice-président de l’Union Africaine dans une configuration inédite : le président rwandais Paul Kagame cède sa place de président de l’Union africaine au président égyptien Abdel Fattah al-Sissi pour occuper désormais celui secrétaire exécutif de l’organisation, le président sud-africain Cyril Ramaphosa prend le poste de premier vice-président et Felix Tshisekedi devient donc le deuxième vice-président de l’UA. Le président congolais a aussi rencontré, en marge du sommet, la cheffe de la diplomatie de l’Union européenne. Trois dossiers ont été abordés avec Federica Mogherini : le retour à Kinshasa de l'ambassadeur de l'Union européenne, Bart Ouvry, invité à quitter le territoire congolais en décembre 2018 avant les élections ; la réouverture de la Maison Schengen, fermée en janvier 2018 par les autorités congolaises ainsi que les sanctions de l'Union européenne envers quatorze responsables du régime de l'ex-président Joseph Kabila qui ont été prolongées jusqu’en décembre 2019. Felix Tshisekedi a également rencontré le Secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, avec qui il a abordé la question de l'avenir de la Mission des Nations unies au Congo (MONUSCO). Avec autant de crédit engrangé, une question demeure : de quelle marge dispose encore Martin Fayulu qui s’entête à demander la vérité des urnes à la CENI et une résistance pacifique à la population ? Peut-il encore espérer obtenir un changement de la donne politique pour lequel il semble tant s'investir ? Pour plusieurs, la page de l'élection présidentielle est définitivement tournée puisque même l’Union africaine qui était apparue comme soutenant sa thèse, a visiblement décidé d’évoluer avec le président qu’il conteste. Même au-delà du continent africain, les discours en faveur de Martin Fayulu, député national élu de Kinshasa, se font plus rares, signe qu’il est peut-être temps pour lui de passer à autre chose. Pourquoi pas chef de file de l’opposition ?

 

Goma, Raoul Banywesize,

Chercheur/ Pole Institute

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