Comment ça va 24 au 30 Mai 2019

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  1. Des ex-combattants démobilisés retournent en brousse

Les gestionnaires du centre de démobilisation de Mubambiro, dans le territoire de Masisi, ont révélé qu’au moins deux cents combattants parmi ceux qui s’étaient rendus et étaient cantonnés dans ce centre de se sont évadés, entre janvier et avril 2019, pour retourner en brousse. Ils pensent que cette situation est consécutive, d’une part à une mauvaise prise en charge, et d’autre part à l’incertitude, pour ces rendus, de pouvoir intégrer les Forces Armées de la République démocratique du Congo (FARDC) conformément à leurs attentes. Quatre cent trente combattants, qui s’étaient rendus aux FARDC, à la MONUSCO ou à la PNC, ont été positionnés au centre de Mubambiro, situé dans une concession sans clôture ni infrastructures d’accueil. Avec des moyens insuffisants mis à leur disposition par la 34ème région militaire, et sans précision du temps que prendrait le processus de démobilisation, désarmement et réinsertion, les évasions sont quasi quotidiennes. Un combattant partageait : « Moi, je suis du groupe de Nyatura Kavumbi. Nous sommes venus à 229 il y 5 semaines, mais déjà 55 au moins sont rentrés ».

Il y a un mois à peine, nous alertions l’opinion sur les risques que couraient les populations civiles si les ex-rebelles en quête de réinsertion dans la vie sociale étaient mal traités dans le centre de démobilisation, craignant qu’ils aient remis un nombre insignifiant d’armes à feu pour utiliser celles qui restent en cas de remobilisation. Ces évasions sont une nouvelle menace pour les populations puisqu’il apparait que tous ceux qui rentrent dans la brousse retournent, en fait, aux sales besognes de leurs milices. Le gouvernement congolais est en train de passer à côté d’une réelle opportunité de décourager l’activisme des groupes armés alors que le président Félix Tshisekedi avait invité les jeunes à se désolidariser des groupes armés lors de son dernier passage à Goma. Le directeur de cabinet du chef de l’État, M. Vital Kamerhe, a fait savoir, par la suite, qu’un budget de prise en charge des démobilisés était en cours d’élaboration. Mais en attendant, le nouveau président de l’Assemblée provinciale, M. Robert Seninga, a annoncé le 21 mai 2019, que la province du Nord Kivu et la MONUSCO ont convenu de travailler en étroite collaboration pour le succès du processus de démobilisation, puisqu’il va dans le sens de la consolidation de la paix et permettra aux humanitaires d’accéder aux personnes vulnérables vivant dans les zones sous contrôle des groupes armés. Le programme existe, mais il ne demande qu’à être soutenu. La section DDRRR de la MONUSCO, qui est un des grands partenaires du programme de démobilisation, dit travailler actuellement dans l’accompagnement du gouvernement pour avoir une stratégie bien élaborée sur la question.

      2. Travailler avec la population pour combattre Ebola

Inquiets de la résistance et des attaques perpétrées contre le personnel soignant, l’Eglise du Christ au Congo (ECC), le diocèse catholique de Butembo – Beni et les Eglises de réveil de Butembo ont organisé, du 29 au 31 mai 2019, un symposium social réunissant toutes les couches de la population de Butembo. L’objectif visé est de leur donner la parole afin de chercher ensemble des solutions pour sortir de la crise et recréer un lien de confiance entre la population, les autorités locales et les agents de la riposte. Depuis les neuf mois pendant lesquels l’épidémie sévit dans les provinces du Nord Kivu et de l’Ituri, la riposte s'est heurtée à une méfiance et à une sorte de déni de maladie par les populations. Une frange de la population considère Ebola comme un business des ONG internationales alors que d’autres ont réduit cette « maladie » à un alibi du régime de Joseph Kabila pour empêcher cette population, majoritairement acquise à l’opposition, de participer au scrutin de décembre 2018.

Les agents de santé, engagés dans la riposte contre l’épidémie, ont été agressés et continuent d’être l'objet de diverses agressions de la part des populations alors que les centres de traitement d'Ebola (CTE) font l'objet d'attaques de la part des miliciens ou des populations locales. Plusieurs CTE ont été saccagés, pillés ou incendiés, libérant à chaque fois des personnes qui étaient en observation dans ces structures, ce qui portait un coup à la campagne contre Ebola. Un pic de nouveaux cas et des décès a été observé ces derniers mois à Butembo et à Katwa après une série d'attaques contre les CTE justement. Le ministère congolais de la Santé dénombre un total de 132 attaques contre les équipes de riposte et structures sanitaires depuis le début de l'épidémie en aout 2018, causant en même temps 4 morts et 38 blessés parmi les agents de santé et les patients. Les menaces contre les équipes d’intervention dans certaines zones les empêchent de mettre un équipement de protection individuelle ou d’effectuer des mesures de prévention et de contrôle des infections, par peur des conséquences qui peuvent survenir. Craignant pour leur sécurité, le personnel médical a maintes fois appelé à l’implication de tous les acteurs pour mettre fin à la violence contre les agents de santé pour éviter que le pire ne se produise. Plusieurs médecins et infirmiers des territoires de Beni et Lubero ont dû déménager ou quitter temporairement leurs habitations, forçant ainsi certaines structures sanitaires à fermer leurs portes.

David Gressly, le représentant spécial adjoint du secrétaire général de l'ONU en RDC et coordonnateur des interventions d'urgence des Nations unies pour la lutte contre Ebola (EERC) dans les zones touchées par le virus en RDC a aussi estimé qu’au-delà des aspects techniques de combattre la maladie, il faut créer un environnement facilitant la tâche aux personnes impliquées dans la riposte pour éviter des interruptions des activités de riposte ; et cela passe par un engagement avec la communauté et les leaders traditionnels pour arriver à gagner la confiance de la population. L’initiative des leaders religieux a donc tout son sens puisque le combat contre cette épidémie, qui a déjà tué plus de 1200 personnes, ne passera que par une collaboration franche des équipes de la riposte avec la population qu’elles assistent. Dans la ville de Beni, aussi touchée par l’épidémie, un forum de partage d’expériences des ONG dans la lutte contre cette maladie a été organisé par la sous-coordination de la riposte contre Ebola à l’attention de toutes les couches de la population.

      3.  La question des élections locales sur la table

La Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) et l’Eglise du Christ au Congo (ECC) ont lancé le 28 mai 2019 à Kinshasa une pétition réclamant de la commission électorale nationale indépendante (CENI) et du gouvernement congolais l’organisation des élections locales avant la fin du mois de décembre 2019 pour mettre fin au système de nominations des dirigeants des entités décentralisées. Dans un communiqué publié par les deux institutions, on peut lire « Répondant à cette demande pressante de la population, la CENCO et l’ECC ont initié la pétition à faire signer pour exiger de la CENI et du gouvernement de la République démocratique du Congo l’organisation des élections locales qui vont mettre fin au système des nominations des dirigeants des entités décentralisées. Ce système de nomination est à la base du népotisme, du clientélisme et de la corruption qui non seulement est contraire à la Constitution de la RDC, mais aussi et surtout prive les citoyens des services auxquels ils ont droit et pour lesquels, ils paient des taxes et impôts ». Pour les deux structures religieuses, qui ont joué le rôle d'observateurs des élections présidentielle et législatives du 30 décembre 2018, les élections locales sont le fondement de l’exercice de la démocratie à la base et de la décentralisation consacrée par la constitution. L’ECC et la CENCO font remarquer que depuis la promulgation de la constitution du 18 février 2006, la République démocratique du Congo n’a jamais connu un cycle complet des élections et ce, en violation de ladite constitution. Elles invitent donc toute la population congolaise, ainsi que les hommes et les femmes de bonne volonté, préoccupés par le développement des entités décentralisées, à signer la pétition qui leur sera présentée par des animateurs de proximité dans les quartiers, les paroisses, les écoles, les marchés, pour exiger l’organisation des élections locales avant la fin de l’année 2019, insistant sur le fait que la véritable démocratie et le véritable développement commencent à la base et non au sommet.

Avec l’avènement de Felix Tshisekedi au pouvoir, la population congolaise a formulé la demande de voir la Commission Electorale Nationale Indépendante organiser aussi les élections locales pour boucler le processus enclenché en décembre 2018. Mais témoin des élections sénatoriales et des gouverneurs des provinces, entachées des soupçons de corruption, la population a aussi émis le vœu de ramener ces autres votes au suffrage direct, de manière à avoir des gouverneurs et sénateurs qui rendraient compte au souverain primaire plutôt qu’aux personnes ayant permis ou facilité leur accession au pouvoir. Les choses restant ce qu’elles sont, on ne peut pas reformer ces scrutins sans réviser la constitution, encore que ceux qui en profitent le plus aujourd’hui constituent la majorité dans les deux chambres du Parlement. Mais la convocation des élections locales est encore possible, elle est même prévue par le calendrier électoral, l’Etat congolais devant toutefois mobiliser plusieurs centaines de millions de dollars américains pour ce faire. Cette somme est certes importante mais, comme le dit l'abbé Donatien Nshole, secrétaire général de la CENCO, « cette politique de nommer les représentants du peuple à la base favorise le tribalisme, le clientélisme et le détournement des fonds ». La CENCO et l’ECC dénonçaient donc la non convocation, comme prévu, de l’électorat le 18 mars dernier pour l’élection des conseillers communaux et des secteurs ou chefferies prévues le 22 septembre 2019, celles des conseillers urbains, des bourgmestres et des chefs des secteurs sont prévues le 4 décembre 2019 et les maires et leurs adjoints sont censés être élus le 25 janvier 2020. Cette date du 18 mars 2019 passée, aucune communication n’a suivi pour donner les raisons du retard et établir une nouvelle date. Le 16 mai 2019, la Synergie des missions d'observation citoyenne des élections (SYMOCEL) s’était aussi inquiétée de l’opérationnalité de l’actuel fichier électoral qui voit s’accroitre notamment le nombre de nouveaux majeurs qui ne sont pas pris en charge par le processus. S’exprimant sur le sujet le 24 mai, Corneille Nangaa, président de la CENI, a estimé qu’il est possible de tenir ces élections le plus rapidement possible, mais que tout dépendra de la volonté politique. « Les préalables techniques sont là… On a organisé les élections en 2018, c’est parce qu’il y avait la volonté politique », a-t-il déclaré.

      4. Dépôt d’une pétition de la société civile à la présidence de la République

Vital Kamerhe, directeur de cabinet du Président de la République, a reçu, le 28 mai 2019, la pétition des organisations de la société civile pour dire non à la nomination au prochain gouvernement des personnalités impliquées dans la violation des droits de l’homme. Lancée depuis le 24 avril 2019, la pétition a déjà collecté 16.000 signatures des Congolais dans toutes les provinces du pays et dans la diaspora. La délégation de la société civile était conduite par l’activiste des droits de l’homme Christopher Ngoy qui a assuré que cette pétition reprend les souhaits de la population congolaise dont celui de ne pas voir les politiciens trempés dans les affaires de violation des droits de l'homme, de corruption ou de tout autre délit dans le prochain gouvernement ou occupant certains titres de responsabilité. En avril dernier, les victimes de la répression du régime de Joseph Kabila, pour la plupart des membres des mouvements citoyens, anciennement détenus dans les cachots de l’Agence nationale de renseignements (ANR), avaient également demandé au Chef de l’Etat de n’accorder aucun poste de responsabilité aux auteurs de violations graves des droits de l'homme. Dans une lettre ouverte adressée à Félix Tshisekedi, et dévoilée le 9 avril 2019, ces jeunes avaient cité le cas de Roger Kibelisa, sous sanction de l'Union européenne, qui a été nommé assistant principal de François Beya Kasongo, conseiller spécial en matière de sécurité de Félix Tshisekedi. Amnesty International également avait appelé le président Tshisekedi à ne pas nommer dans le prochain gouvernement des personnalités impliquées dans la violation des droits de l’homme. Le directeur de cabinet du chef de l’Etat, qui a salué la lutte de la société civile qui sert de contrepoids aux gouvernants, a dit ne pas douter de l’acceptation de la demande des forces vives et transmis la promesse du Chef de l’Etat de recevoir la délégation de la société civile après les obsèques de son père, feu Etienne Tshisekedi.

      5. La SADC rejette une nouvelle demande d’adhésion du Burundi

Après février 2017, une deuxième demande d’adhésion du Burundi à la Communauté de développement d'Afrique australe (SADC) a été rejetée. Cette décision est consécutive au rapport produit par une mission d'évaluation de la SADC qui a séjourné au Burundi, concluant que le pays ne remplissait pas les conditions d'admission au sein de cette organisation qui regroupe 16 pays membres. Le président en exercice de l’organisation régionale, M. Hage Geingob, a précisé que c’est dû au mauvais fonctionnement du système démocratique au Burundi. Les diplomates burundais, dont le ministre des Affaires étrangères Ezechiel Nibigira ont défendu le dossier de leur pays, ajoutant que le Burundi est stable et que le président Pierre Nkurunziza a été démocratiquement élu mais la SADC s’en tient aux conclusions de ses délégués envoyés palper la réalité sur le terrain. La recommandation de la mission d‘évaluation de la SADC de ne pas autoriser l’admission du Burundi au sein de la SADC est appuyé par les 15 autres membres de la SADC parmi lesquels la Tanzanie dont le président John Magufuli a déclaré que Bujumbura ne répondait pas encore aux critères.

L’opposition burundaise salue le rejet de cette demande d’adhésion à la SADC, le Conseil national pour le respect de l’accord d’Arusha pour la paix et la réconciliation au Burundi et de l’Etat de droit (Cnared), principale plateforme de l’opposition en exil, annonçant sur Twitter que l’urgence pour le Burundi c’est de résoudre d’abord la crise politique interne née de la décision de M. Pierre Nkurunziza de briguer un 3ème mandat illégal. Aux yeux de l’opposition, il s’agit donc d’une reconnaissance, par la SADC, de l’origine de la crise qui dure depuis quatre ans. Déjà membre de plusieurs organisations régionales panafricaines notamment la Communauté d’Afrique de l’Est (CAE), le Marché commun d’Afrique de l’Est et du sud (COMESA), la Communauté économique des pays des Grands-Lacs (CEPGL) et la Communauté économique des Etats d’Afrique centrale (CEEAC), le Burundi s’est de plus en plus isolé de ses différents partenaires depuis que le régime actuel de Bujumbura prend des décisions autoritaires et intransigeantes pour réprimer ou se débarrasser de toutes les langues critiques. Après le départ de la majorité des organisations non gouvernementales oeuvrant sur son territoire et la fermeture du bureau des droits de l’homme de l’ONU, il n’est pas étonnant que de nouveaux partenariats se fassent rares. Ne pouvant pas s’autosuffire, le régime de Pierre Nkurunzinza n’aura pas d’autre choix que de plier pour éviter, au pire des cas, une guerre civile.

 

Goma, Raoul Banywesize,

Chercheur/ Pole Institute

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