Comment ça va 12 au 18 juillet 2019

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  1. L’épidémie d’Ebola est désormais une urgence sanitaire mondiale

L’organisation mondiale de la santé (OMS) a déclaré – le 17 juillet 2019 – que l'épidémie d'Ebola, qui sévit en République démocratique du Congo, était désormais une urgence sanitaire mondiale. Depuis août 2018, 1698 personnes sont décédées du virus sur 2522 cas confirmés ou probables.

Lorsque deux cas positifs – des personnes d’une même famille – avaient succombé à la maladie en Ouganda, le 12 et 13 juin 2019, après avoir assisté à des obsèques de leurs parents en RDC, le comité d’urgence de l’OMS avait jugé qu’il n’était pas opportun de déclarer l’urgence sanitaire mondiale parce que le risque de propagation internationale restait faible. Le 10 juillet, les ministères de la santé de la RDC et de l’Ouganda avaient même déclaré que la transmission du virus Ebola dans la région Ouest de l’Ouganda était interrompue puisque tous les contacts des deux personnes décédées avaient achevé leur période de suivi obligatoire de 21 jours sans développer les signes de la maladie.

Mais cette bonne nouvelle n’a pas tarder d’être occultée par celle d’un homme d’église, d’une quarantaine d’années, qui a été identifié à Goma le 14 juillet 2019 alors qu’il revenait – par bus – de la ville de Butembo, un des foyers de l’épidémie. Initialement isolé dans un centre de santé de Goma, le pasteur est hélas décédé 24 heures après le diagnostic alors qu’il était transféré à Butembo où existe un centre de traitement d’Ebola (CTE), plus à même de prendre en charge le cas. 37 contacts à haut risque et 40 contacts des contacts de ce cas confirmé ont été vaccinés – le 15 juillet – dans le centre de santé (Afia Himbi) qui l’avait accueilli. Mais le nombre de ces contacts va crescendo. Les autorités sanitaires assurent tout de même que la vaccination se poursuivra jusqu'à ce que tous les contacts identifiés aient été vaccinés.

Le fait qu’on ait découvert un cas positif dans la ville de Goma inquiète pour trois raisons principales. La première c’est que le cas a échappé tous les postes de contrôle installés par l’équipe de riposte de Butembo à Goma. Aussi peut-on s’interroger sur l’efficacité de la stratégie de riposte mise en place. La deuxième c’est que la ville de Goma est un point névralgique avéré dans la région (beaucoup de mouvements de départ et d’arrivée de Kinshasa, Kigali, Kampala, Bukavu, Addis-Abeba, Nairobi, et bien d’autres villes ou bourgades du pays). Enfin, Goma partage avec la ville rwandaise de Gisenyi l’une des frontières les plus fréquentées au monde. Pour toutes ces raisons, l’épidémie deviendrait très difficile à gérer si elle se développait dans la ville de Goma.

Les pays voisins de la RDC sont déjà en état d’alerte. Le Rwanda a même interdit les voyages non essentiels dans cette zone à ses ressortissants ; la Tanzanie s’était déjà mis en état d’alerte avec l’apparition de l’épidémie en Ouganda. En RDC, le gouverneur du Nord Kivu, Carly Nzanzu Kasivita, a invité, mardi 16 juillet, les députés provinciaux à accompagner l’équipe de riposte dans la sensibilisation de la population au respect des mesures de prévention contre la maladie à virus Ebola pendant que le vice-président de l’Assemblée provinciale, Jean Paul Lumbulumbu, exhorte la REGIDESO – chargée de la desserte en eau courante dans la ville de Goma – de suspendre, pour un délai de trois mois, tout recouvrement forcé qui s’accompagne de coupure d’eau pour ne pas exposer davantage la population à la maladie.

Au Sud Kivu voisin, alors que le gouverneur Théo Ngwabidje a appelé la population au calme et à la vigilance, celle-ci réclame la mise à sa disposition du vaccin pour une prévention efficace. Il demeure que, dans la foulée, les différentes entrées de cette province ont été équipées de dispositifs hygiéniques pour contrer la propagation de l’épidémie.

Dans cette perspective, il est bon de rappeler l’importance et l’urgence, pour l’équipe de la riposte de renforcer tous les maillons de la chaine de riposte, d’une part, et, pour la population, de s’approprier autant que faire se peut la riposte contre la maladie à virus Ebola, d’autre part. Cela passe par une mobilisation rationnelle et tentaculaires des communautés locales, compte tenu de leurs spécificités culturelles, en vue de l’engagement certain de celles-ci dans la dynamique de la lutte. L’ONG Oxfam a aussi appelé à plus d’engagement des communautés locales car, pour elle, la priorité à l’action médicale a montré ses limites.

Déjà à mi-juin, le comité d’urgence de l’OMS avait insisté sur le fait que c’est le manque de soutien financier international qui peut retarder l’éradication effective de l’épidémie, et révélé que l’OMS a dû réduire une partie de son travail de préparation dans certains pays voisins en raison du manque de fonds. Aussi, le ministre congolais de la santé espère-t-il que la déclaration de l’urgence sanitaire mondiale ne vise pas que la collecte des fonds au péril des populations qui vivent de par et d’autre des frontières orientales de la RDC.

       2.  Rupture consommée entre Bahati Lukwebo et le Front Commun pour le Congo

Rien ne va plus entre le Front Commun pour le Congo et Bahati Lukwebo, président du regroupement politique Alliance des forces démocratiques du Congo et Alliés (AFDC-A) qui fait partie du FCC. L’ex-président congolais et autorité morale du FCC, Joseph Kabila, a désigné – début juillet – Alexis Thambwe Mwamba, ex-ministre des affaires étrangères ou encore de la justice, comme candidat du FCC à la présidence du Sénat.

Cette désignation n’a pas enchanté le sénateur Bahati Lukwebo. Celui-ci estime qu’il n’est pas normal qu’il soit écarté de cette course au profit d’un candidat qui n’a apporté aucune voix additionnelle au FCC. Bahati Lukwebo, faut-il le rappeler, est à la tête d’une grande force politique (l’AFDC-A) qui revendique 145 élus dont 44 députés nationaux, 70 députés provinciaux, 13 sénateurs, 2 gouverneurs de province, 7 vice-gouverneurs et même des présidents ainsi que des vice-présidents des assemblées provinciales.

Prenant acte de sa rébellion, le FCC a suspendu, le 9 juillet 2019 dernier, Monsieur Lukwebo pour une durée indéterminée. Par ailleurs, il a été demandé aux autres membres de l’AFDC, élus ou mandataires de l’Etat, de préciser leur position vis-à-vis du FCC endéans 72 heures. Malgré la mise en garde de M. Lukwebo – qui déclarait prendre acte de son autonomie – adressée à ceux qui tentent de diviser le regroupement qu’il dirige, 13 frondeurs de l’AFDC-A ont participé – le 12 juillet – à la présentation des candidats FCC à la présidence et la vice-présidence du Sénat.  

Débauchage à l’AFDC-A et recours en justice de Bahati-Lukwebo

Radié définitivement du FCC, le 15 juillet 2019, à l'issue d'une réunion co-présidée par Néhémie Mwilanya, Emmanuel Ramazani Shadary, Aubin Minaku et Alexis Thambwe Mwamba, Bahati Lukwebo a été aussi exclu de l’AFDC-A au cours d’une assemblée générale extraordinaire réunissant les membres de la Conférence des présidents des partis politiques élargie aux élus nationaux et personnalités politiques de cette plate-forme. Ce regroupement sera désormais conduit par la députée nationale Néné Ilunga Nkulu, accompagnée de 4 vice-présidents dont Steve Mbikayi. Ce dernier a sommé tous ceux qui ont un mandat électif sous le label AFDC-A/FCC de faire allégeance au nouveau leadership au sein de l’AFDC-A dans un délai de sept jours, faute de quoi, leurs places seront cédées à d’autres personnes. Soit dit en passant que la cheffe de file des frondeurs a été désignée « Présidente de la conférence des présidents de l’AFDC-A » alors qu’elle n’est chef d’aucun parti politique.

C’est dans ces entrefaites que Monsieur Lukwebo a initié une action en justice en déposant une plainte contre plusieurs frondeurs de l’AFDC-A et contre Néhémie Mwilanya, le coordonnateur du FCC pour « usurpation de pouvoir, abus de pouvoir, débauchage, faux en écriture, menaces, troubles de quiétude et imputations dommageables ». Ayant recouvert son autonomie du FCC et gardé jusque-là une grande partie des élus qui se revendiquaient de l’AFDC-A, Bahati Lukwebo n’a plus grand-chose à perdre. Il persiste dans sa quête de la présidence de la chambre haute du Parlement congolais ; et, appelle même le Premier ministre d’accélérer l’identification de la nouvelle majorité en considérant la nouvelle plateforme AFDC-A et d’entamer les consultations pour la composition du nouveau gouvernement. Son discours a même changé : « Nous ne sommes pas dans l’opposition. Nous sommes dans la majorité. Nous attendons travailler avec le nouveau pouvoir, le chef de l’Etat qui est en fonction et avec le premier ministre (…). La majorité parlementaire comprend aujourd’hui trois composantes : FCC, CACH et AFDC-A, qui n’est pas n’importe qui ».

Le divorce entre les deux parties semble donc consommé et M. Lukwebo compte avoir des ministres dans le nouveau gouvernement, quand bien même affranchi du FCC. Il tient, malgré tout, à rassurer les membres de son regroupement qui lui sont restés fidèles : « rien ne leur arrivera tant que les donneurs d’ordre n’ont ni légitimité ni légalité ».

Comme si son exclusion du FCC ne suffisait pas, une plainte déposée contre Bahati Lukwebo le 30 janvier 2019 par un entrepreneur gabonais du nom de AGANO ELEMBA Joseph Trésor, suite à un litige commercial, a été opportunément réactivée ; un procédé qui rappelle les méthodes réservées par l’ex-président congolais à les renégats. Il est vrai que d’ici à l’organisation des élections du bureau définitif du Senat, plusieurs choses peuvent encore se produire. « Qui veut noyer son chien l’accuse de rage… C’est toujours la même mécanique. Quand vous vous opposez à Kabila, on dédouble votre parti, puis on vous colle un procès. Demain, vous verrez, on accusera même Bahati de posséder la double nationalité », déclare un élu de l’opposition. Mais il n’y a pas que l’AFDC qui a du souci à se faire puisque certains partisans de Joseph Kabila ont quitté le navire FCC avec Bahati Lukwebo. Il s’agit d’Adèle Kayinda co-fondatrice du PPRD, élue sur la liste de l’AFDC aux législatives nationales du 30 décembre 2018. Elle a été nommée présidente du groupe parlementaire (AFDC-A) en remplacement de la dissidente Néné Ilunga. On note également le départ de Mme Vicky Katumwa, Présidente du Conseil d’Administration de la société commerciale des transports et ports (SCTP, ex-Onatra) et de l’ancien directeur général du Fonds pour la promotion des industries (FPI), Constantin Mbengele, qui ont rejoint l’ancien ministre du plan. Comme quoi Bahati Lukwebo est prêt à aller jusqu’au bout du bras de fer, c’est la fin qui justifiera les moyens. Son entêtement étonne jusqu’au sein du FCC où il est de coutume de courber l’échine dès que l’autorité morale a tranché. Sans nul doute, le départ de Bahati Lukwebo de la plateforme chère à Joseph Kabila fera des émules. Wait and see.

       3. Nomination du chef des Imbonerakure à la tête de la télévision nationale burundaise

Le 11 juillet 2019, M. Eric Nshimirimana – chef des Imbonerakure – a été nommé directeur général de la Radio-Télévision nationale du Burundi (RTNB). Les Imbonerakure sont les membres de la Ligue des jeunes du parti au pouvoir, le Conseil national pour la défense de la démocratie-Forces de défense de la démocratie (CNDD-FDD). Cette ligue a déjà été qualifié de milice par l’ONU puisque réputée pour avoir commis, ces dernières années, et continue à commettre de nombreuses exactions et violations massives des droits humains. Ce groupe est accusé d’avoir entretenu la répression au Burundi, avec des intimidations, arrestations, extorsions, passages à tabac et parfois des assassinats à l’encontre des personnes qui s’opposent au leadership de M. Pierre Nkurunziza, président de la république du Burundi et chef du CNDD-FDD.

Avec une telle renommée pour cette ligue, il est normal que la nomination de son chef à la tête d’une radio publique inquiète non seulement l’opposition mais aussi la communauté internationale. Tous les observateurs de la vie politique burundaise s’attendaient, on peut s’en douter, à ce que des comptes soient plutôt demandés à M. Nshimirimana. A la place, c’est plutôt une rétribution qui lui est accordée par le président de la République. Comme qui dirait en conséquence des « grandes » réalisations de la Ligue « pour un travail si bien fait, tu mérites désormais mieux, cher Eric ».

On ne peut s’en voiler la face pourtant ! A moins d'un an de l'élection présidentielle de 2020, cette nomination non seulement confère un pouvoir supplémentaire à l’intéressé mais surtout permet au régime du président Nkurunziza de s’assurer une mainmise totale sur ce média très écouté en milieu rural.

La nomination du chef des Imbonerakure à la tête de la RTNB amène à penser que ce média public ne peut plus guère véhiculer des messages impartiaux ou même des contenus de l’opposition. Nkurunziza signe ainsi le radicalisme de son régime et les opposants sont avertis. Cela est d’autant vrai que les médias dits indépendants (étrangers ou locaux) sont visiblement en froid avec le régime de Pierre Nkurunziza. Parmi eux, la BBC qui, après une longue année de suspension pour « atteinte à la cohésion nationale » et « manquement à la déontologie », vient finalement de fermer ses bureaux à Bujumbura. D’autres médias internationaux et même locaux restent dans le viseur du Conseil national de la Communication (CNC), organe de régulation de la liberté de la presse. Le verrouillage de l’univers médiatique qui est en train de se mettre en place est donc fait à dessein pour museler toutes les voix dissidentes dans le pays. Les opposants et les indépendants ont du souci à se faire maintenant que le chef des Imbonerakure veillera désormais au grain.

 

Goma, Raoul Banywesize,

Chercheur/ Pole Institute

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