Comment ça va 09 au 15 Aout 2019

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  1. A Beni, des jeunes tentent de se mobiliser pour l’autodéfense

Le mercredi 14 aout 2019, des jeunes se sont rassemblés au stade Kalinda de la ville de Beni aux fins de s’engager dans une formation militaire de 21 jours. A l’issue de cette formation, ces « volontaires » devrait aller à l’assaut des rebelles ADF qui désolent cette partie du pays depuis quelques 5 ans.  Informée, la police a dû disperser ce rassemblement et arrêter son initiateur présumé, le président de la coordination inter-estudiantine de Beni. Il lui est reproché, notamment, une déclaration à la presse locale demandant le désarmement des policiers dans la région. Le jour suivant, le commandement de la 34è région militaire a sévèrement mis en garde toute tentative de former une jeunesse armée, attitude qui violerait la constitution de la République ; encourageant les jeunes désireux de servir la patrie sous le drapeau de suivre le processus régulier de recrutement dans les forces armées de la République démocratique du Congo.

Il demeure qu’à maintes reprises les jeunes ont été insensibles aux avis de recrutement des FARDC. Les conditions piteuses qu’affichent généralement les militaires congolais ne sont pas de nature à inciter quiconque à servir sous le drapeau. Cette disposition des jeunes de Beni à subir une formation militaire ne signifie donc pas leur volonté d’intégrer l’armée. Plutôt, elle traduit l’exaspération d’une jeunesse qui ne voit rien se faire sérieusement pour la sauver des affres d’une insécurité sans qualification : « Si notre armée n’y arrive pas, peut-être devrions-nous le faire tout seuls ».

Excédés par l’insécurité, plusieurs centaines de jeunes sont partis d’Oicha, chef-lieu du territoire de Beni, le 07 aout 2019, pour rallier Mavivi et déposer un mémorandum au quartier général de la MONUSCO, exigeant plus d’engagement dans la sécurisation des personnes et de leurs biens. Ils avaient été rejoints par des milliers d’autres jeunes venant de plusieurs autres contrées et avaient marché sur près de 20 kilomètres en chantant : « Amani ! Amani ! Amani ! ». Depuis lors, les attaques des ADF n’ont pas cessé.

     2. Une lueur d’espoir apparait alors que l’épidémie d’Ebola continue de se répandre

La guérison de deux malades d’Ebola qui étaient pris en charge depuis deux semaines dans le Centre de Traitement d’Ebola (CTE) de Goma est tombée comme un cadeau du ciel. Il s’agit de l’épouse et l’enfant du feu l’orpailleur venu de Mungwalu et deuxième cas confirmé positif à Goma. Le docteur Muyembe, coordinateur de la riposte contre l’épidémie d’Ebola, très confiant de vaincre l'épidémie après cette guérison, a présenté deux molécules, le mAb-114 et le REGN-EB3, qui réduisent significativement le taux de mortalité de la maladie. Ces molécules, approuvées par le comité indépendant des chercheurs et recommandées par l’OMS, ont d’ailleurs été utilisées pour soigner ces troisième et quatrième cas positifs. Le traitement est donc désormais « curatif ». Pour autant, l’efficacité du traitement dépendrait avant tout de la détection rapide des cas qui permet une prise en charge rapide des malades. C’est lorsque la population se mobilise pour permettre la détection de tous les cas suspects à temps, de les prendre en charge et de vacciner tous leurs contacts qu’on arrive à réduire au maximum les cas supplémentaires de la maladie. Néanmoins, cela ne doit pas faire oublier que la meilleure façon d'arrêter l'épidémie reste la prévention, c’est-à-dire l’observation stricte de toutes les consignes d’hygiène émises par la Coordination de la Riposte.  

Cette nouvelle encourageante est arrivée quelques jours seulement après qu’une nouvelle zone de santé en territoire de Mambasa (Ituri) soit affectée par l’épidémie. Une semaine après, c’est dans le territoire de Mwenga, au Sud Kivu, que seront identifiés deux nouveaux cas testés positifs Ebola. La mère et son enfant proviennent de la ville de Beni et auraient échappé aux équipes de riposte en changeant d’identités aux différents points de contrôle.

Le Rwanda voisin n’a pas tardé de réagir en fermant simplement ses frontières à tous les ressortissants du territoire de Mwenga, qu’importe s’ils vivent ou non en dehors de cette zone. La seule mention « Mwenga » sur les pièces d’identité des ressortissants congolais voulant traverser pour le Rwanda, suffit pour qu’ils soient renvoyés. La mesure a été si brutale que même les habitants de la ville de Bukavu vivant sur une avenue portant le nom de Mwenga ne pouvaient être les bienvenus au Rwanda. Cet amalgame très dénoncé à Bukavu particulièrement, pourrait amener la RDC à adopter, en vertu du principe de réciprocité, des mesures discriminatoires contre les ressortissants rwandais en visite ou vivant en RDC. Quelques jours plus tôt, à Goma, la Direction Générale des Migrations faisait déjà payer aux Rwandais us$ 20,00 comme frais de visa d’entrée alors que l’entrée était libre naguère. A cet égard, il n’est pas incongru de rappeler que l’OMS avait déjà recommandé de ne pas restreindre les mouvements des populations au frontières de peur que certains cas n’échappent au contrôle en traversant clandestinement les frontières.

     3. Devrait-on créer une coalition régionale pour éradiquer les groupes armés ?

Invité à participer au 39è sommet de la SADC qui se tenait à Dar Es Salam, le président congolais a déclaré : « Je voudrais ici solliciter, en vertu de la Charte de notre Organisation, votre solidarité envers mon pays et son peuple, pour qu’à l’issue de cette session, nous puissions, à l’instar de la Brigade Spéciale qui opère sous le commandement de la MONUSCO et qui avait mis en déroute le Mouvement M23, prendre la ferme résolution de renforcer les Forces Armées de la République Démocratique du Congo, d’en finir définitivement avec tous ces mouvements qui sèment la mort et la désolation au sein de nos populations ». Pour appuyer cette demande, M. Felix Tshisekedi estime que c’est en mettant fin à l’insécurité qui perdure dans la partie orientale de la RDC et en favorisant la réconciliation de tous les congolais que sera instauré l’Etat de droit, et le climat des affaires s’en trouvera amélioré.

Cette position rappelle la réunion tripartite organisée le 30 mai 2019 à Kinshasa entre la RDC, l’Angola et le Rwanda, et la réunion quadripartite avec l’Ouganda en plus, qui avaient suivies, à l’issue desquelles il avait été convenu d’engager d’autres pays de la CIRGL dans la lutte contre les groupes armés à l’Est de la RDC. Le Président congolais vient donc de lancer l’appel à des pays membres d’une autre organisation sous-régionale, ce qui ouvre la voie à l’intervention de plusieurs forces multinationales alors que nous avons déjà en RDC des éléments de la MONUSCO, la mission d’observation des Nations unies la plus importante dans le monde en termes d’effectif, en plus des éléments des FARDC qui sont très présents dans la région de Beni. S’ils n’arrivent pas, malgré tout, à mettre un terme à l’activisme des groupes armés en général et des ADF en particulier, cela pourrait signifier que le problème n’a rien à voir avec l’effectif des militaires.

La RDC a déjà été le théâtre de plusieurs interventions d’armées étrangères qui n’ont pas toujours été un succès. La persistance des FDLR, malgré plusieurs entrées de l’armée rwandaise « venue pour les traquer », en est un exemple. Début avril, le président ougandais avait déclaré : « Personne ne troublera la paix en Ouganda, la paix sera maintenue. Les ADF (Allied Democratic Forces) sont au Congo et le conflit y restera ». Cela ne veut pas dire que le Président congolais a tort de s’appuyer sur ces différents pays pour pacifier le sien, c’est plutôt que la solution ne viendra pas forcément de l’engagement de ces différentes armées sur le sol congolais. La persistance de l’insécurité à l’Est de la RDC a tout d’une guerre économique qui perdurera tant que les congolais n’auront pas entamé de vraies réformes pour s’approprier leur destin. Et tant que les FARDC resteront un mixage de combattants issus de différentes factions antagonistes par le passé, nous serons loin d’avoir une armée républicaine capable de remplir sa mission première : assurer l’intégrité territoriale de la RDC.

 

Goma, Raoul Banywesize,

Chercheur/ Pole Institute

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