Comment ça va 02 au 8 Aout 2019

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  1. Comment appuyer les FARDC pour mettre un terme aux massacres à Beni ?

Un jour seulement après la marche pacifique organisée par les habitants des plusieurs localités du territoire de Beni pour demander à la Mission d’observation des Nations Unies (Monusco) plus d’engagement dans la sécurisation des civils face aux tueries perpétrées par les rebelles ougandais ADF, sept personnes ont été tués le 7 aout 2019 à Mbau dans une nouvelle attaque des présumés combattants ADF. Des manifestations de colère s’en sont suivi, le lendemain, à l’occasion desquelles la population s’était âprement disputée avec les militaires et policiers. Les massacres des populations civiles par les rebelles ADF ont commencé en 2014 dans le territoire de Beni, et certains acteurs politiques regrettent que l’alternance au sommet de l’Etat n’ait pas encore produit de résultats probants pour sécuriser la population. Dans cette perspective, deux députés nationaux, Muhindo Vuhumawa et Muhindo Nzangi, ont pu se prononcer sur des solutions possibles à cette crise.

L’honorable Paul Muhindo Vahumawa a déclaré, dans un communiqué publié le 6 aout 2019 à Kinshasa, avoir dénombré en deux semaines près de 50 civils tués dans des attaques attribuées aux rebelles ADF la région de Beni. A cet effet, il a demandé au chef de l'Etat de permuter les troupes ayant longtemps opéré à Beni, conformément à sa promesse d’avril dernier lors de sa visite dans cette ville, d’une part ; et, de délocaliser temporairement l’état-major des forces armées de la RDC de Kinshasa à Beni, d’autre part.  Quant à l’honorable Nzangi, il a dénoncé « le silence et l’inaction » du chef de l’Etat avant de lui suggérer de profiter de la possibilité d’organiser des opérations conjointes entre l'armée congolaise et ougandaise, étant donnée l’inefficacité manifeste des forces de la Monusco. Dans la foulée, d’autres voix émergent de la communauté et suggèrent que les FARDC travaillent conjointement avec les milices d’auto-défense présentes dans cette zone. Toute insolite, cette dernière proposition traduit l’exaspération d’une population qui n’a que trop souffert.

    2. Le Gouverneur du Nord Kivu organise un dialogue social à Buhene

Face à la recrudescence de l'insécurité dans des localités du territoire de Nyiragongo situées à la limite avec la ville de Goma, le Gouverneur de province, l’Honorable Kasivita, a rencontré les différentes couches sociales, dans la localité de Buhene, le 7 août 2019. Il est ressorti de ce dialogue que les conflits fonciers récurrents ainsi que le conflit de pouvoir sont, essentiellement, à la base de l’insécurité dans le territoire de Nyiragongo. A cela s’ajoute le fait qu’il sert aussi de refuge pour plusieurs criminels qui opèrent dans la ville de Goma. Mais puisque les policiers et militaires n’arrivent pas pacifier ce territoire, la société civile de Nyiragongo a, encore une fois, suggéré leur relèvement et leur remplacement par d’autres plus engagées dans les opérations de sécurisation.

Le Gouverneur Nzanzu Kasivita, mis au courant de la situation, promet de s’impliquer pour trouver des solutions à ces différents problèmes en collaboration avec la population. Mais il se fait que lors de son dernier passage au Nord Kivu en avril 2019, le Président de la République s’était déjà engagé à relever les troupes qui ont déjà duré dans la province. L’action du Gouverneur viserait la réalisation du vœu du Chef de l’Etat, s’il était favorable à l’appel de la population de Nyiragongo. La solution au problème de sécurité dans ce territoire est d’autant plus pressante que la sécurisation de la ville de Goma passe par le retour de la paix dans ses environs. Il est important de rappeler que la délicatesse de ce problème de sécurité dans les environs de Goma avait amené le Gouverneur à alerter l’opinion, le 3 aout 2019, sur « un terrorisme organisé » autour de la ville de Goma. Et parce que le Gouverneur avait été reçu par le Président de la République lors de son dernier séjour à Kinshasa, on ne peut qu’espérer qu’ils avaient aussi convenu de mettre fin à l’insécurité au Nord Kivu.

    3. Quand la lutte contre la corruption s’invite dans la formation du gouvernement

Le 29 juillet 2019, les plateformes politiques Front commun pour le Congo (FCC) et Cap pour le changement (CACH) ont indiqué qu’elles avaient terminées les discussions sur la formation du gouvernement. Celui-ci devrait être composé de 65 membres dont 48 ministres et 17 vice-ministres, 23 pour le CACH et 42 pour le FCC. Décrié par plusieurs acteurs politiques et des organisations de la société civile pour sa taille, le gouvernement prochain de la RDC laisse entrevoir des dépenses colossales relatives à la rémunération de ses membres. On peut ainsi redouter que d’importantes préoccupations relatives, par exemple, au développement, à la sécurité, etc. soit offusquées par la nécessité de rétribution d’une équipe gouvernementale pléthorique.

Par ailleurs, la structure du gouvernement ainsi annoncée donne à penser que les autres plateformes politiques n’ont pas été associées aux discussions sur la formation du gouvernement. Par exemple, la répartition sus-évoquée ne tient pas compte de l’Alliance des Forces Démocratiques du Congo et Alliés (AFDC-A) de Bahati Lukwebo et LAMUKA de Jean-Pierre Bemba Gombo. Si la plate-forme LAMUKA peut se méfier de la constitution de ce gouvernement, l’AFDC-A de Bahati Lukwebo avait, pour sa part, réclamé au Premier ministre une vice - primature, un ministère d’Etat, un ministère et un vice-ministère, compte tenu de son poids au sein du l’Assemblée Nationale. Logiquement ces quatre postes devraient être déduits du quota du FCC dont il faisait partie. A ce sujet, Néhémie Mwilanya, coordinateur du FCC, estime plutôt qu’en se retirant du FCC, l’AFDC-A s’est définie en dehors des deux forces politiques qui constituent la majorité parlementaire et ne devrait donc pas faire partie du prochain gouvernement. De toute évidence, la revendication de l’AFDC a délibérément été méconnue par le Premier Ministre et les deux négociateurs, du CACH et du FCC. Cette méconnaissance, n’est-elle pas funeste pour la scène politique nationale ? Rien n’est moins sûr !

Tout autant, la publication du gouvernement risque d’être fatale pour le FCC. Dans un contexte où la plupart de ses membres voudraient se voir rétribuer par un poste de responsabilité, cette plate-forme pourrait subir d’autres défections si le quota lui réservé n’intégrait pas toutes les tendances qui la constituent.

Dans la même perspective, la société civile a demandé au Président de la République de ne n’inclure dans le prochain gouvernement que des personnalités « qui n’ont jamais fait l’objet des condamnations judiciaires fermes en RDC ou à l’étranger ». Cette demande parait équivoque et son observation peut dévoyer le formateur du gouvernement.

En effet, une réponse positive à cette demande implique que, d’une part, les personnalités condamnés, même injustement, par l’ancien régime ne devraient pas être retenues dans ce gouvernement. D’autre part, les membres de l’ancienne majorité présidentielle, trempés dans la corruption, la gabegie et le détournement, mais n’ayant pas fait l’objet d’une condamnation sont éligibles pour le gouvernement. Il en est de même pour toutes ces personnalités coupables de graves violations des droits de l’homme et sanctionnés par la communauté internationale mais n’ayant pas fait l’objet d’aucune condamnation judiciaire.   

C’est dans ce même contexte que deux organisations non gouvernementales, l’APNAC-RDC (Réseau des Parlementaires Africains contre la corruption, section RDC), et la LICOCO (Ligue Congolaise de lutte contre la corruption) ont publié une liste des projets mal gérés ainsi que les personnalités qui en sont responsables. Il va sans dire que cette publication vise à décourager la désignation de ces personnalités parmi les membres du gouvernement en cours de formation.

     4. Le Rwanda et la RDC se réunissent autour de la lutte contre Ebola

Avec la découverte d’au moins un cas d’épidémie d’Ebola à Goma, le Rwanda et la RDC ont, à l’issue d’une réunion interministérielle organisée le 6 août 2019 à Gisenyi, adopté une feuille de route conjointe de lutte contre l’épidémie d’Ebola. Parmi les résolutions, les ministres de la santé de deux pays ont décidé de la mise en commun des mécanismes de prévention destinés d’endiguer la maladie à virus Ebola (MVE) et de sécuriser les flux transfrontaliers en vue de réduire les risques de propagation de la fièvre hémorragique en commun accord et en consultation avec le secteur privé et la société civile. Ce, pour ne pas affecter les échanges socioéconomiques transfrontaliers entre les deux pays. Parmi ces mécanismes de prévention et de gestion des cas de MVE, figurent la surveillance, le partage des informations, la vaccination et la prise en charge des cas suspects.

Cette décision tombe à point nommé, alors que les usagers de la frontière Goma – Rubavu s’indignaient déjà des mesures drastiques mises en place par le Rwanda pour contrôler les entrées et les sorties de son territoire. Qu’il s’agisse des travailleurs congolais qui résident à Gisenyi, des petits commerçants qui vivent des multiples allers-retours entre les deux villes ou des ouvriers rwandais qui sont très appréciés à Goma, la grogne est à son comble. La lenteur des services de contrôle aux frontières entraine des longues files d’attente et fait perdre aux travailleurs une importante perte du temps tant à la sortie du Rwanda qu’au retour. On en arrive à se demander si l’important dispositif de contrôle mis en place par le Rwanda vise uniquement d’empêcher la propagation de la maladie au-delà de la frontière.

Par ailleurs, les économies des deux villes pourront en pâtir si la situation ne s’améliore pas. Pour les quelques heures de la journée du 01er aout 2019 où le Rwanda avait fermé sa frontière, le kilo de viande de bœuf a presque doublé de prix à Goma pendant que l’effet inverse se produisait à Gisenyi. Quant aux rwandais et congolais qui travaillent à Goma, ils prennent déjà beaucoup de retard à la frontière. Le respect et la mise en œuvre de la feuille de route (qui prévoit la mise en place d’un cadre commun de prévention et de gestion des cas de la maladie à virus Ebola entre les deux pays) signée par les deux ministres de la santé sera donc d’un grand secours pour les populations des deux pays.

 

Goma, Raoul Banywesize,

Chercheur/ Pole Institute

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